Cela nous aurait menée trop loin de définir d'abord les termes, puis de faire comprendre l'inanité et le danger de semblables idées.

Disons seulement en passant que la première affirmation est dangereuse en ce qu'elle conduit à juger plus sévèrement la femme que l'homme au point de vue de la morale, conséquemment porte à maintenir les fausses appréciations que nous avons combattues dans le chapitre de l'Amour et du Mariage: quand un seul sexe est réputé gardien des mœurs, les mœurs se corrompent: car l'un ne pèche pas sans l'autre.

D'autre part c'est une triste idée que de prétendre que la vocation de la femme est de plaire a l'homme et de s'en faire aimer: c'est avec cette morale là que l'on fait de la femme un être futile, rusé; qu'on la prépare à l'adultère quand elle est malheureuse en ménage; au libertinage quand elle est pauvre: la vocation de la femme est d'être un être social, digne, utile et moral, une épouse sage et bonne, une mère tendre, attentive, éclairée capable de faire des citoyens et des citoyennes honorables: sa vocation ne diffère pas en général de celle de l'homme qui, lui aussi, doit être un époux sage et bon, un père tendre ne donnant à ses enfants que de sages exemples et de bonnes leçons, tout en remplissant lui-même sa tâche de citoyen et de producteur. Si la femme doit plaire à l'homme et s'en faire aimer, l'homme doit également plaire à la femme et s'en faire aimer: à cette condition seule, remplie des deux parts, est le bonheur et l'harmonie du ménage.

Mais laissons toutes ces questions incidentelles: mon livre est écrit, non pour suivre les classificateurs sur le terrain de l'imagination, pour discuter à perte de vue sur le rôle des sexes; non pas même pour poser le Droit de la femme en conséquence de sa différence et de son utilité autre que celle de l'homme; mais écrit uniquement pour poser le Droit de la femme à la Liberté dans l'Égalité parce qu'elle est, comme l'homme, une créature humaine; parce qu'ainsi que le dit P. Leroux, il n'y a plus ni esclaves ni serfs devant le Droit français.

Je n'apporte pas une idée nouvelle: je ne fais que continuer la tradition de la majorité des hommes de Progrès, et je me contente de la développer, de l'expliquer, de la soutenir et de l'amender.

J'aurais négligé peut-être de relever l'opinion surannée de la minorité, si ceux qui la représentent, n'avaient le privilége de se faire écouter d'un nombreux public. Mais comme ce privilége rend leurs erreurs dangereuses et que, de leur fait, beaucoup de femmes prennent en aversion les principes de 89, je ne me suis pas crue libre de laisser compromettre ces principes sacrés auprès du sexe qui, par l'éducation et l'influence, dispose en grande partie de l'avenir de la Démocratie. J'ai donc dû prouver à la maladroite minorité progressiste qu'elle abuse de l'a priori, construit des théories d'asservissement sur des lois imaginaires, manque de méthode, se met constamment en contradiction flagrante avec les faits, avec la science, avec la logique, avec ses propres principes sur le Droit.

Cette preuve, je l'ai faite durement, sans ménagement aucun: c'était mon droit et mon devoir. Loin de m'en repentir, je suis prête à la parachever, si ces Messieurs ne la trouvent pas suffisante; car jamais, tant que je pourrai tenir une plume, je ne permettrai à personne de présenter les doctrines du Moyen Age sous l'étiquette de notre glorieuse Révolution, sans faire entendre une protestation énergique.

Le résumé du livre qu'on vient de lire est dans les deux syllogismes suivants:

La femme doit être libre et l'égale de l'homme devant le Droit, parce qu'elle est un être humain;

Or elle est mineure, opprimée, souvent sacrifiée;