Si vous refusez d'écouter nos légitimes réclamations, nous vous accuserons devant la postérité du crime que vous reprochez aux possesseurs d'esclaves.
Nous vous accuserons devant la postérité d'avoir nié les facultés de la femme, parce que vous avez eu peur de sa concurrence.
Nous vous accuserons devant la postérité de lui avoir refusé justice, afin d'en faire votre servante et votre jouet.
Nous vous accuserons devant la postérité d'être les ennemis du Droit et du Progrès.
Et notre accusation demeurera debout et vivante devant les générations futures qui, plus éclairées, plus justes, plus morales que vous, détourneront avec dédain, avec mépris, les yeux de la tombe de leurs pères.
CHAPITRE III.
ÉTAT DE LA FEMME FRANÇAISE DANS LES MŒURS ET LA LÉGISLATION.
DIALOGUE ENTRE UNE JEUNE FEMME ET L'AUTEUR.
I
L'AUTEUR. Que concluez-vous, Madame, des principes et des faits que nous avons établis dans les deux précédents chapitres?
LA JEUNE FEMME. Que la femme étant, comme l'homme, un être humain, un élément de destinée collective, un membre du corps social, la logique exige qu'elle soit considérée comme son égale devant le droit. Qu'en conséquence, elle doit trouver dans la loi et la pratique sociales le respect de son autonomie, les mêmes ressources que l'homme pour son développement intellectuel, l'emploi de son activité, la même protection pour sa dignité, sa moralité.