L'AUTEUR. Fort bien. Voyons donc comment se comportent, à l'égard de la femme, notre société et notre législation.

Nous avons de nombreux lycées, des écoles spéciales, des académies. Ce sont des institutions nationales: la femme y a donc droit. Or, vous savez qu'elle ne peut s'y présenter; que le Collége de France même lui est interdit.

Je sais que, pour justifier ce déni de justice, on dit que la femme n'a pas besoin de haut enseignement pour remplir les fonctions qui lui sont dévolues par la nature; que n'ayant ni la vocation, ni le temps, il est inutile que les portes des écoles spéciales s'ouvrent devant elle, etc.

LA JEUNE FEMME. Nous, jeune génération de femmes, nous protestons contre ces allégations au nom de la justice, du sens commun et des faits.

Si la femme est évincée des établissements soutenus par le budget de l'État, qu'on l'exempte aussi de l'impôt. Je ne vois pas pourquoi nous contribuerions à payer les frais d'institutions dont nous ne profitons pas.

Si la femme n'a pas vocation, il est inutile de lui fermer les écoles, elle ne les fréquentera pas plus que les hommes qui n'y vont pas. Si la femme n'a pas le temps de les fréquenter, il est évident que l'interdiction est ridicule: on ne fait pas ce qu'on n'a pas le temps de faire.

Mais ces allégations sont-elles de bonne foi? Non certes; car dire que la femme, pour remplir ses modestes fonctions, n'a nul besoin d'être aussi instruite que l'homme, c'est supposer qu'elle se borne à celles-là; et l'on sait bien que cela n'est pas vrai. C'est oublier ensuite que, destinée à exercer sur l'homme époux et fils une influence qui les dirige et les transforme, il faut mettre la femme en état de rendre cette influence bonne et élevée.

En définitive, d'ailleurs, comme les hommes ne fondent pas leur droit de participer aux bienfaits de l'éducation nationale sur leur vocation et sur leur temps, je ne vois pas que notre temps et notre vocation puissent être pour nous la base du même droit.

L'AUTEUR. Et cependant, Madame, la société prend son parti de ce déni de justice, et la masse des femmes se déclarent contre celles qui, d'une trempe vigoureuse, protestent contre cet état de choses.

LA JEUNE FEMME. Notre jeune génération est trop impatiente du joug, pour ne pas se ranger avec vous. Il n'y en a plus guère parmi nous qui s'imaginent, comme nos grand'-mères, que la femme est plus créée pour l'homme que lui pour elle;