Un fils, suffisamment imbu de la religion du Code civil, doit nécessairement considérer son père comme plus raisonnable, plus sage, plus capable que sa mère. Je ne vois pas trop ce que celle-ci aurait à lui répondre, s'il lui disait: il est vrai que vous avez risqué votre vie pour me mettre au jour, que vous avez passé bien des nuits près de mon berceau, que vous m'avez enveloppé de votre tendresse, appris ce qui est bien et aidé à le pratiquer; il est vrai que je suis votre bonheur et votre joie; mais mon père est vivant; il a seul autorité sur moi; je n'ai donc pas à vous consulter; d'ailleurs à quoi bon? Des hommes sages, des législateurs qui ont bien étudié votre imparfaite, votre débile nature, ont porté des lois qui me prouvent que vous n'êtes propre qu'à mettre au monde des enfants, et à vous occuper des soins du pot au feu.
On vous a toutes jugées si peu sages, si peu prudentes, si peu capables, qu'on vous refuse le droit de rien régir; qu'on vous soumet en tout à la volonté de l'homme et que, quand le mari n'est pas là, le juge et la famille interviennent.
Un tel discours, quelque révoltant qu'il paraisse, ne serait-il pas conforme aux sentiments que doit inspirer l'étude du Code civil?
L'AUTEUR. Parfaitement, Madame: et si, en général, le cœur humain ne valait pas mieux que ce code, les femmes, pour être respectées de leurs enfants, n'auraient qu'un parti à prendre: celui de ne mettre au monde que des bâtards. N'est-il pas surprenant, dites-moi, que des lois faites pour moraliser et contenir, tendent à produire tout le contraire?
LA JEUNE FEMME. Et l'on fait si grand bruit de notre Code civil! Que sont donc ceux des autres nations?
IX
RUPTURE DE L'ASSOCIATION CONJUGALE.
L'AUTEUR. On a reconnu de tout temps qu'il y a des cas où les époux doivent être séparés. La révolution établit le divorce; le premier empire le maintint en le restreignant; la Restauration, déterminée par l'Église que cela ne regarde pas, l'abolit le 8 mai 1816.
L'expérience prouve surabondamment que l'indissolubilité du mariage est la source permanente de désordres sans nombre; le plus actif dissolvant de la famille; et que la séparation du corps, loin de remédier à quelque chose, contribue à la destruction des mœurs. Toutes les phrases creuses, tous les raisonnements sonores, ne peuvent détruire la signification des faits.
Nous ne répéterons pas ce qu'ont dit les nombreux écrivains qui ont demandé le rétablissement du divorce; nous nous contentons de nous joindre à eux ici, nous réservant de revenir plus loin sur ce grave sujet.
Il s'agit pour nous, en ce moment, de constater la différence mise par la loi entre le mari et la femme qui plaident en séparation.