Au contraire, le mari peut vendre et dissiper tout ce qu'il possède; employer même l'avoir de la communauté, le fruit du travail et de la bonne administration de sa femme, à entretenir sa maîtresse: je connais plusieurs cas de cette espèce.
Donc l'adultère du mari est plus nuisible aux intérêts de la famille que celui de la femme.
La femme adultère peut introduire de faux héritiers dans la famille du mari: c'est mal, j'en conviens; ce n'est pas moi qui la justifierai; mais en définitive, ces enfants adultérins ont une famille, de la tendresse, des soins.
Si le mari a des enfants hors du mariage, ils sont ou d'une femme mariée ou d'une femme libre. Dans le premier cas, en introduisant de faux héritiers chez son voisin, il agit comme l'épouse adultère. Dans le second, il soigne ses enfants ou les abandonne. S'il les soigne, il nuit aux intérêts de l'épouse et des enfants légitimes; s'il les laisse à la charge de la mère, il met une femme dans l'embarras, brise souvent sa vie; l'enfant placé à l'hospice, est sans famille, sans tendresse et va grossir la population des prisons, des bagnes et des lupanars.
Dans tout cela, d'ailleurs, n'y a-t-il qu'une question de filiation et d'héritage? Et le cœur d'une femme, et sa dignité, et son bonheur, qu'en fait-on? Songe-t-on à ce que nous devons souffrir de l'infidélité, du dédain, de l'abandon de notre mari?
Songe-t-on que cet abandon, joint au besoin d'aimer et au fatal exemple qui nous est donné, nous pousse à payer de retour l'amour qu'on nous témoigne; et qu'ainsi l'adultère toléré dans le mari produit l'adultère de la femme?
L'adultère des deux sexes est un grand mal. Au point de vue moral, la faute est la même; mais au point de vue social et familial, mais au point de vue de la position des enfants, elle est évidemment beaucoup plus grave commise par l'homme que par la femme, parce que le premier a tout pouvoir pour ruiner la famille, mettre avec impunité le trouble et la douleur dans sa maison et créer une population malheureuse, vouée à l'abandon, le plus souvent au vice.
Voilà ce que nous pensons aujourd'hui, nous, jeunes femmes, qui réfléchissons; et tous les dithyrambes intéressés des hommes ne peuvent plus nous faire prendre le change.
Ils disent: mais souvent ce ne n'est pas le mari de la femme adultère qui est adultère. Nous répondons: la société ne se soucie pas des individualités; il suffit que l'adultère de l'homme ait des fruits plus amers que celui de la femme, pour qu'il soit sévèrement et non moins sévèrement puni que celui de cette dernière.
Ils disent: c'est une chose indigne et cruelle que de mettre la douleur dans le cœur d'un honnête homme. Nous répondons: c'est une chose tout aussi indigne que de mettre la douleur dans le cœur d'une honnête femme.