Ils disent: c'est un vol que de forcer un homme à travailler pour des enfants qui ne sont pas siens. Nous répondons: C'est un vol d'employer les revenus ou le fruit du travail de sa femme à nourrir des enfants qui lui sont étrangers, et à soutenir la femme qui la désole; c'est un vol que de détourner sa propre fortune ou le fruit de son propre travail de la maison qu'ils doivent soutenir, pour les porter à une femme étrangère.
Et vous êtes non seulement plus coupables que nous, Messieurs, parce que le résultat de votre adultère est pire que le résultat du nôtre; mais parce que, vous posant en chefs et en modèles, vous nous devez l'exemple.
Et vous êtes à la fois iniques et stupides d'exiger, de celles que vous nommez vos inférieures en raison, en sagesse, en prudence, en justice, qu'elles soient plus raisonnables, plus sages, plus prudentes et plus justes que vous.
Voilà, Madame, ce que nous pensons et disons.
L'AUTEUR. Vous parlez d'or; ce n'est pas moi qui vous contredirai; j'aime à voir la jeunesse se dresser résolument contre les préjugés, et protester contre eux au nom de l'unité de la morale.
Mais nous voilà, je crois, bien loin de notre sujet, le procès en séparation de corps. Revenons-y donc, s'il vous plaît.
La demande en séparation étant admise, le juge autorise la femme à quitter le domicile conjugal; et elle va résider dans la maison désignée par ce magistrat qui fixe la provision alimentaire que devra fournir le mari. Presque prisonnière sur parole, elle est tenue de justifier de sa résidence dans la maison choisie, sous peine d'être privée de sa pension, et d'être déclarée, même demanderesse, non recevable à continuer ses poursuites.
LA JEUNE FEMME. Mais pourquoi cet esclavage et cette menace d'un refus de justice?
L'AUTEUR. Parce que le mari, réputé père de l'enfant qu'elle peut concevoir pendant le procès, doit avoir la possibilité de la surveiller. Comme l'a si bien dit M. de Girardin, la paternité légale est la source principale du servage de la femme mariée.
Pendant le procès, le mari reste détenteur des biens de la femme, qu'il soit demandeur ou défendeur; il a l'administration des enfants, sauf décision contraire du juge. Si, dans le cas de communauté, la femme a fait faire inventaire du mobilier, c'est le mari qui en est gardien.