Critiquer votre classification, Mesdames et Messieurs, ainsi ferai-je; mais si les éléments me manquent pour en établir une meilleure, pouvez-vous, devez-vous même m'engager à vous en présenter une?
Me croyez-vous un homme pour exiger de moi l'abus de l'à priori, et les procédés par grand écart et à coups de sabre?
Proudhon a raison, murmurent ces Messieurs: la femme est incapable d'abstraire, de généraliser, de se connaître.....
Vraiment, Messieurs, vous pensez que c'est par incapacité que je ne veux pas vous présenter une classification des sexes, une théorie de la nature de la femme?..... Expédions-nous donc pour prouver le contraire: au lieu d'une théorie, je vous en donnerai quatre.
PREMIÈRE ESQUISSE. L'homme et la femme ne forment série que sous le rapport de la reproduction de l'espèce; tous les autres caractères par lesquels on a tenté de les différencier, ne sont que des généralités contredites par une multitude de faits: or, comme une généralité n'est pas une loi, l'on ne peut rien en induire, rien en déduire d'absolu au point de vue de la fonction.
D'autre part, les espèces zoologiques ont leur plus grande différence radicale dans le système nerveux, surtout dans la plus ou moins grande masse et complexité de l'encéphale: or, l'anatomie admet, après expériences nombreuses, que, relativement à la masse totale du corps, le cerveau de la femme égale en volume celui de l'homme; que la composition de tous deux est la même et, selon la Phrénologie, que les organes du cerveau sont les mêmes dans les deux sexes.
Enfin il est de principe en Biologie, que les organes se développent par l'exercice et s'atrophient par le repos continu: or, l'homme et la femme n'exercent pas de la même manière leurs organes encéphaliques; la gymnastique éducationnelle, les mœurs, les préjugés, les habitudes imposées, tendent à développer dans la tête masculine ce qu'on atrophie dans la tête féminine; d'où il résulte que les différences constatées empiriquement ne sont nullement le résultat de la nature, mais celui des causes accidentelles qui les ont produites.
Conclusion: donc les deux sexes, élevés de même, se développeront de même et seront aptes aux mêmes fonctions, excepté en ce qui concerne la reproduction de l'espèce.
Voilà, Messieurs, une théorie de toute pièce, très soutenable au point de vue Anatomo-Biologique, et que je vous défie de prouver fausse: car j'aurais réponse à toutes vos objections.