DEUXIÈME ESQUISSE. Nous reconnaissons en principe que les sexes forment série sous le rapport physique, intellectuel, moral, conséquemment fonctionnel.
Nous croyons qu'ils doivent se subordonner l'un à l'autre en raison de leur excellence relative; et nous prenons pour pierre de touche de leur valeur respective la destinée de l'espèce.
Si nous comparons les sexes entre eux, nous constatons d'une manière générale que l'homme n'est qu'une femme enlaidie sous tous les rapports; nous constatons en second lieu qu'il est bien plus animal que la femme, puisque son système pileux est plus développé et qu'il respire de plus bas; en sorte qu'il est très évidemment un intermédiaire entre la femme et les grandes espèces de singes.
La femme seule renferme et développe le germe humain; elle est créatrice et conservatrice de la race.
Il n'est pas bien sûr que le concours de l'homme soit nécessaire pour l'œuvre de la reproduction; c'est un moyen qu'a choisi la nature; mais la science humaine parviendra, nous l'espérons, à délivrer la femme de cette sujétion insupportable.
L'analogie nous autorise à croire que la femme, seule dépositaire du germe humain, l'est également de tous les germes intellectuels et moraux: d'où il résulte qu'elle est l'inspiratrice de toute science, de toute découverte, de toute justice; la mère de toute vertu. Nos inductions analogiques sont confirmées par les faits: la femme fait usage de son intelligence dans le concret; elle est fine observatrice; l'homme n'est propre qu'à construire des paradoxes et à se perdre dans l'abîme métaphysique: la science n'est sortie des limbes de l'a priori sans confirmation, que depuis l'avènement de la forme de l'esprit féminin dans ce domaine: aussi dirons-nous que les vrais savants sont des esprits féminisés.
Sous le rapport moral, l'homme et la femme diffèrent beaucoup: le premier est dur, brutal, sans délicatesse, dépourvu de sensibilité, de pudeur: ses rapports habituels avec l'autre sexe ont beaucoup de peine à le modifier; la femme est naturellement douce, aimante, sensible, équitable, pudique; c'est à elle que l'homme doit la justice et ses autres vertus, quand il en a: d'où il résulte que c'est vraiment à la femme seule qu'est dû le progrès social: voilà pourquoi chaque pas fait vers la civilisation est marqué par un pas de la femme vers la liberté.
Si nous considérons chacun des sexes dans leur rapport avec la destinée humaine, nous sommes obligés de nous avouer que, si la prédominance de l'homme a eu sa raison d'être dans la nécessité d'ébaucher cette destinée, la prééminence de la femme est assurée sous le règne futur du droit et de la paix.
Il a fallu lutter et combattre pour établir la justice et soumettre la nature à l'humanité; ce devait être le rôle de l'homme qui représente la force musculaire, l'esprit de lutte; mais comme on peut déjà prévoir dans un avenir prochain l'avènement de la paix, la substitution du travail pacifique et des négociations à la guerre, il est clair que la femme devra prendre la direction des affaires humaines auxquelles l'appelleront alors ses facultés mieux adaptées à la fin désormais poursuivie.
La femme a dû se développer socialement et se manifester socialement la dernière, par la même raison que l'espèce humaine est la dernière création de notre globe: l'être le plus parfait apparaît toujours après ceux qui ont servi à le préparer.