Comme il est démontré d'autre part, que, dans l'échelle des organismes divers, l'organe qui se surajoute aux autres pour constituer un changement d'espèce, gouverne ceux que l'individu tient des espèces inférieures, de même la femme, complétement développée dans un corps social organisé pour la paix et le travail pacifique, sera l'organe nouveau qui gouvernera le corps social.

Est-ce à dire que la femme doive opprimer l'homme? Non certes; elle méconnaîtrait les services rendus et faillirait à sa douce nature; mais elle lui fera comprendre que sa gloire est d'obéir, de se subordonner à l'autre sexe, parce qu'il est moins parfait, et que ses qualités ne sont plus nécessaires au bien général.

Vous riez, Messieurs, de cette seconde théorie; vous la trouvez absurde..... C'est vrai: car elle est la contre partie de la femme thétique de M. Proudhon. Passons donc au troisième exercice.

III

TROISIÈME ESQUISSE. Toute classification de l'espèce humaine est une pure création subjective, c'est à dire qui n'a de raison d'être que dans la forme donnée à la perception par l'intelligence; la conception même de l'humanité avec l'énumération des caractères qui sont réputés la distinguer des autres espèces, est bouffie de subjectivité.

La vérité est que pas un être humain ne se ressemble; qu'il y a autant d'hommes et de femmes différents que d'hommes et de femmes pour composer l'espèce.

Les classifications, en toutes choses, sont des erreurs de l'esprit, parce que la nature hait l'identité et ne se répète jamais: il n'y a pas deux grains de sable, deux gouttes d'eau, deux feuilles qui se ressemblent; et très probablement le soleil, depuis qu'il existe, n'a pas apparu deux fois identiquement le même à son lever. Et c'est malgré l'évidence de ces vérités, malgré la conviction où nous sommes des illusions des sens, de la débilité de notre intelligence qui ne peut rien connaître de la nature intime des êtres; qui ne saisit que quelques lignes fugitives de leurs caractères personnels; et c'est malgré toutes ces choses que nous osons établir des séries, leur attribuer des caractères que viennent contredire les faits, et violenter, torturer les seuls êtres qui existent, les individus, au nom de cette autre chose qui n'existe que dans notre cerveau malade: le genre, la classe!

Les fruits amers qu'a produits notre manie de classification devraient cependant nous en guérir. N'est-ce pas cette maladie qui, poussant les théocrates, les législateurs à diviser l'humanité en castes, en classes, a causé la plupart des malheurs de notre espèce? N'est-ce pas grâce à ces exécrables divisions que nous avons un passé hideux dont les échos ne renvoient à notre oreille épouvantée que des sanglots, des cris de colère, de révolte, de malédiction, de vengeance, de sinistres bruits d'armes et de chaînes?

N'est-ce pas grâce à elles encore que, sur les pages de notre histoire, toutes maculées de sang et de larmes, et qui exhalent une odeur de charnier, on ne lit que tyrannie, abrutissement, démoralisation?

N'est-ce pas encore grâce à elles que le roi et le sujet, le maître et le serf, le blanc et le nègre, l'homme et la femme se démoralisent par l'oppression, l'injustice, la cruauté d'une part; la ruse, la bassesse, la vengeance de l'autre?