Ce soir-là, malgré mes doutes, j'avais fait comme les autres, car il y avait derrière moi tout un petit peuple encore crédule que je regardais avec un mélange d'ironie et d'envie.
—Après tout... qui sait? argumentai-je en moi-même, c'est peut-être toujours vrai... Le bon Dieu est bien bon, et si puissant! Qu'est-ce qui empêche qu'il envoie lui-même, directement, son expert et fidèle Santa Claus, distribuer les récompenses à ses petits enfants? Du reste, je vais bien voir. Mes yeux veilleront plutôt toute la nuit. Il faudra enfin que cela s'éclaircisse! S'il en vient un autre que l'envoyé du ciel, il ne m'échappera pas celui-là!
Ma surveillance d'ailleurs ne faisait pas que de commencer à s'exercer.
Toute la journée, moi-même, j'avais voulu être portière. Les allants et venants, les paquets petits et gros, les colloques suspects, tout fut noté avec soin, sans trahir pourtant d'indices révélateurs.
Mon scepticisme pâlissait; mes illusions reprenaient vigueur.
—Je vais bien voir! me répétais-je tandis qu'on emportait la lumière, que les innocents qui m'environnaient se mettaient à ronronner et à marmotter des choses inintelligibles en leurs rêves d'or, je vais bien voir!
Mon Dieu qu'il en coûte de voir quand il fait nuit, que la pendule vous berce obstinément de son monotone tic-tac, que le sommeil caresse doucement le bord de vos paupières, engourdit sans bruit vos pensées!
Mon Dieu, que c'est difficile de ne pas oublier son inébranlable détermination, de ne pas céder à la persuasive et commode logique du consolant Morphée! J'y mis pourtant toute mon énergie; ma vigilance ne s'était pas ralentie pour la peine d'en parler, au moment où, vers minuit, l'on vint mettre dans le corridor la veilleuse dont une lueur se projetait justement sur la rangée de nos bas encore vides.
—Je vais bien voir! fis-je avec un redoublement d'anxieuse émotion...
Rien d'inusité ne se passe. Quelqu'un qui rentre dans sa chambre, un silence profond, prolongé...