Au temps que je suspendais mon bas, je n'aurais voulu pour rien au monde perdre mes chères superstitions. Je croyais à Santa Claus [1] avec fanatisme.
Note 1:[ (retour) ] Manière de désigner Saint Nicholas, que le contact anglais a fait passer dans nos habitudes.
Que ses desseins impénétrables, que ses dons mystérieux m'inspiraient donc de rêves fantastiques, de conjectures délicieuses!
Et mon ingénieuse ignorance me laissait supposer des trésors enfouis en des sphères féeriques, que des notions plus positives m'ont depuis fait oublier!
Aussi l'on ne saurait se figurer quelle mélancolie, quel vide se produisit dans mon âme, quand ces adorables chimères commencèrent à me paraître moins vraisemblables!
Je résistai quelque temps à la désillusion; je retins, comme malgré eux, les bien-aimés fantômes qui voulaient s'enfuir.
Lutte inutile! Il m'eût fallu, pour garder ma foi naïve, mes rêves chéris, fermer mes oreilles et mes yeux, arrêter les recherches de ma raison curieuse, oublier les leçons journalières de l'expérience, toutes choses qui voulaient voir, entendre, déduire avec une ardeur désespérante.
Je vis, j'entendis, je raisonnai tant qu'un bon jour je sentis avec douleur qu'il me fallait faire mes adieux à mon pauvre Santa Claus.
C'était ingrat et ridicule; la dette de reconnaissance que j'avais accumulée, toutes les effusions, les joies du passé, tout cela était donc absurde et faux?... J'en voulais aux autres de m'avoir trompée... En somme, je me sentais fort malheureuse; le monde me semblait bien morose, bien insignifiant!
Le coup décisif arriva ainsi: