J'avais comme de coutume suspendu un bas de ma plus longue et plus belle paire à mon clou particulier...
Sur un pan du mur de notre grande "Nursery", depuis bien des jours de l'an, six clous réservés à l'usage antique et solennel restaient alignes.
Ils y sont même encore, quoique la "nursery" ait perdu son nom et son utilité. Ils y sont encore—persistants comme les bons souvenirs—accrochant parfois au passage le bout flottant d'un ceinturon, la dentelle d'une manche qui les effleure, comme pour remendier un peu de l'intérêt de jadis.
Comme on devient maussade et moralisateur en vieillissant!
Ces clous innocents, qui faisaient autrefois battre mon coeur impatient d'une joie sans bornes comme sans mélange, me font m'arrêter maintenant toute rêveuse et philosophante.
Je les recompte sur le mur, pensant que tout cela c'est fini, songeant aussi que l'un de leurs propriétaires n'y est plus, ne reviendra jamais, etc. Bien d'autres idées se mettent à me passer dans l'esprit et je reste immobile, là, au milieu de la pièce, regardant fixement..., nulle part.
C'est que ces six clous en content, des choses!
Cela chante la poésie, la candeur de l'enfance, au milieu d'un entourage qui accuse l'expérience, la maturité des sentiments, qui trahit jusqu'à la transformation graduelle des aspirations chez les bébés grandis.
On voit ça et là des livres, des portraits, divers articles parlant tous le langage d'un autre âge.
Et, devant le contraste de ces deux époques, l'on se demande laquelle vaut le mieux?