C'était un son métallique qui m'avait réveillée. Avant d'avoir pu recueillir mes esprits et de m'être rendu compte de ce qui arrivait, j'avais vu l'ombre du nez paternel effleurer rapidement la muraille; j'entendis en même temps le battement d'une pantoufle qui retraitait en hâte....

C'en était fait à jamais de mes rêves merveilleux. Ils s'étaient effacés avec l'ombre susdite!....

II n'y eut, pour me consoler de la décevante réalité, que les patins que je trouvai dès l'aube, gisant sous mon clou particulier et dont la chute intempestive m'avait si douloureusement éclairée sur le prosaïsme des choses d'ici-bas.

Que de cruelles leçons m'a depuis données la vie, sans avoir pu épuiser pourtant mon fonds de poétiques illusions, tant on en amasse en ces folles années de l'enfance.

En l'honneur de ce premier de l'an, à ceux qui m'ont lue, je souhaite, comme récompense, de n'avoir pas trop d'oreilles pour les sinistres avertissements de cette vieille blasée qu'on nomme l'Expérience. Libre à eux de ne pas croire à Santa Claus; mais au moins qu'ils lui trouvent des adeptes en leurs petits enfants, en reconnaissance des grandes joies dont nous lui avons tous été redevables.

LE RÊVE D'ANTOINETTE

À ma nièce.

Quatre fois j'ai vu, quand c'était le printemps, les grosses branches noires se revêtir de feuilles, et, fières de leur nouvelle toilette, l'agiter avec un gai froufrou en se pavanant au-dessus de ma tête, et les oiseaux tout joyeux revenir endormir leurs petits dans les berceaux de mousse neuve, au milieu des feuilles fraîches.

Quatre fois j'ai vu, suspendues aux arbres, les corbeilles renouvelées de fleurs blanches et roses que le petit Jésus y accroche au mois de mai.

Quatre fois aussi, depuis ma naissance, le tapis blanc de l'hiver s'est étendu sur la terre nue et laide pour la cacher à nos yeux attristés....