J'ai bien hâte de vous faire part de ce qui me préoccupe; mais je tenais à vous dire cela auparavant, afin de vous donner une idée de mon âge.
Le calcul n'est pas difficile, et si vous êtes un peu perspicace, vous avez deviné que j'ai eu mes quatre ans au mois de juillet dernier....
C'était la veille du jour de l'an; il s'agissait pour maman de m'amener à la ville pour m'acheter une coiffure... Le petit frère malade l'avait empêchée de s'en occuper plus tôt.
Le détail peut paraître futile, mais il est très important. La suite de mon récit le prouvera.
A deux heures, j'étais habillée, mais d'une drôle de façon! Ne trouvez-vous pas—Je le demande aux personnes de mon âge—que les mères ont une tendresse bien chaleureuse? Je l'appelle ainsi, parce que leur sollicitude et leur frayeur du froid les portent à nous emmitoufler de manière à nous faire périr par un excès pour éviter l'autre.
Je ris beaucoup quand, au moment de partir, je m'aperçus dans la glace.
Un vrai peloton de laine!...
De mes boucles blondes, pas une n'avait osé s'échapper sous le triple tour du nuage bleu qui m'enveloppait la tête. Mon nez, enfoui dans tout ce lainage, paraissait si peu, que c'était à faire croire que je n'en avais pas.
On ne m'avait laissé que les yeux de libres, car on savait que cela me ferait tant de peine de ne rien voir...
C'était déjà assez triste de ne pouvoir parler!...