Nous avions voyagé à travers la ville éblouissante pendant quelques instants seulement, quand mon compagnon s'arrêta... J'avais devant moi, qui?... la petite mendiante!
Sa main glacée est tendue, et ses yeux humides m'implorent. La vieille pleure aussi, les yeux toujours fermés. Elle est bien lasse et s'appuie pesamment sur l'épaule fatiguée de l'enfant.
Pauvre petite, je pouvais enfin contempler ce doux regard si triste qui m'avait tant émue!
Je la caressais affectueusement en essuyant ses larmes et en l'appelant soeur chérie.
Je voyais de près aussi le vieux haillon noué sous son menton, et qui cachait si imparfaitement ses oreilles que souffletait la bise glacée. Je l'avais enlevé pour mettre mon bonnet très à la mode sur sa jolie tête, mais elle, l'ôtant aussitôt, me le rendit avec un sourire navré:
—J'ai bien froid, dit-elle, mais nous avons tellement faim, grand'maman et moi!... et son regard, sa main ouverte nie suppliait encore...
—Un sou, un pauvre sou, s'il vous plaît! murmura sa compagne en gémissant.
Que faire!... Je regardai la douce figure; elle souriait toujours, mais restait muette.
Une idée me vint tout à coup à l'esprit.
—Pourquoi prodigue-t-on sans remords tant de sous blancs pour les coiffures de certaines petites filles, tandis qu'il en est qui n'en ont même pas pour acheter un morceau de pain lorsqu'elles se sentent mourir d'inanition!