Je fus d'une sagesse exemplaire ce jour-là!
C'était charmant de voir comme je ne parlais pas, moi qu'on gronde toujours pour trop bavarder!... Je ne mangeais pas beaucoup non plus, on trouvait cela bien singulier, car habituellement j'ai l'appétit d'un gros loup.
A la vérité, je me sentais bien pesante, et ma tête alourdie avait des envies folles de tomber sur l'épaule de maman.
—Comme je serais bien dans mon lit! me disais-je tout bas.
Marguerite m'amena avant qu'on eût fini.
Je me laissai faire sans pleurer, ce qui est très rare; et, quand elle me déposa dans mon lit tiède et mollet, l'égoïste Antoinette s'endormit sans songer à la pauvre chérie qui avait faim là-bas, dans la grande rue froide.
Soudain, quelque chose passe devant moi en m'effleurant... C'est un quelqu'un mystérieux, vêtu d'une longue tunique blanche et vaporeuse. Marguerite m'assure que c'est mon ange gardien.
Sa douce figure me sourit et m'invite. Fascinée par cet appel irrésistible, je mets ma main dans celle qu'il me tend, et nous nous envolons doucement tous les deux...
Me voilà de nouveau dans les rues claires et bruyantes.
Je ne sais comment il se fait que le joli bonnet de peluche est sur ma tête!... Maman, craignant toujours les intempéries de l'hiver, me l'aura mis à mon insu au moment du départ, je suppose.