Tout à coup, à l'angle d'une rue, au milieu d'une foule de personnes qui passaient en riant et parlant très haut, que croyez-vous que j'aperçus?... Une maman très vieille, avec sa petite fille, appuyées au mur d'une grosse maison.

La mère avait les yeux fermés et mettait sa main sur l'épaule de son enfant.

Elle, la pauvre mignonne, avait une robe bien laide et toute déchirée, un vilain mouchoir sur sa tête; ses mains étaient nues. Elle avait des grands yeux bleus pleins de larmes, qu'elle levait parfois en tendant sa petite main rougie vers les passants qui ne la regardaient pas.

Oh! qu'ils étaient méchants!

Quand je la vis ainsi grelottante et si triste, je frissonnai moi-même sous mes flanelles.

Je fis un grand effort pour désigner la pauvrette; mais comment remuer sous les robes pesantes qui m'entortillaient et m'emprisonnaient complètement!

J'essayai de crier, mais le bruit de la rue couvrit ma voix. D'ailleurs, nous allions très vite, et la petite mendiante disparut...

Je pleurai tout bas, et j'y pensai longtemps.

A la fin, comme j'étais bien fatiguée, je m'appuyai sur le bras de petite mère, et ne vis plus qu'à demi les lumières qui dansaient en fuyant.

Jacques me porta dans la maison. Papa nous attendait, et tout le monde se mit à table pour dîner.