Je racontai alors tout ce qui s'était passé, et, joignant mes mains avec ferveur, comme pour prier le bon Dieu, je le suppliai de nous amener les deux mendiantes pour les réchauffer et me laisser partager mes bonbons avec la douce enfant.
--Mais nous ne les connaissons pas, cher ange, objecta mon père en m'embrassant avec tendresse.
—Oui, oui, reprit maman, je crois les connaître. Cette pauvre aveugle est l'aïeule et le seul support de six orphelins, dont la mère est morte de privations l'automne dernier.
—Veux-tu, petite mère? répétai-je tout bas.
Elle me prit sur ses genoux et me pressa sur son coeur, en promettant de m'accorder tout ce que je demanderais.
Après la grand'messe, en effet, on revint me chercher.
Je m'installai dans la voiture, parée de mon fameux bonnet de peluche, munie d'un cornet de bonbons, et accompagnée de mademoiselle Mimie, qui faisait des grands yeux étonnés en se trouvant dehors.
Jacques nous déposa dans une petite rue que je n'avais jamais vue, devant une vieille masure.
Oh! que c'était noir et triste là-dedans! Pas de feu, pas de lits blancs, rien!... Tous les petits frères, appuyés sur les genoux de la grand'mère, pleuraient amèrement en lui demandant du pain. Marie (c'est le nom de la mendiante) avait ses bras autour du cou de son aïeule.
Jacques tira de dessous le siège de la voiture un grand panier qu'il emporta dans la maison.