Cela exempte de la peine au bon vieillard et abrège la besogne. Il a tant de chemin à faire dans une nuit!

La céleste délégation était de retour au paradis avant que fussent tendus dans le firmament les voiles mordorés du matin. Le cortège, en arrivant, alla se prosterner devant la divine Majesté.

Cependant, Santa Claus n'avait pas, comme d'habitude, ce sourire content que donnent la satisfaction du devoir accompli et la certitude d'avoir fait des heureux.

Le Petit-Jésus, que la sainte Vierge berçait dans un lit tout orné de diamants, tandis qu'elle chantait doucement de sa voix qui ravit le ciel, le Petit-Jésus avait remarqué cela tout de suite:

—Les présents ont-ils donc manqué? Qui n'est pas satisfait?

Le bon Santa Claus raconta alors ceci:

Mon travail était achevé sur la terre, dit-il. Je remontais lentement vers ce céleste séjour en jetant sur l'univers un rétrospectif coup d'oeil, pour m'assurer que personne n'avait été oublié. Je disais, en me réjouissant, à mes compagnons;

—Là, nul ne pleurera demain! Les prières enfantines que notre bon Père aime tant monteront vers lui reconnaissantes, chaudes et pleines d'amour!... Mais soudain... j'aperçus, dans un des coins obscurs et déserts d'une grande ville, quelqu'un... une enfant, seule, glacée, perdue dans la nuit noire. Elle tremblait de frayeur, elle se mourait de faim, de misère et de désespoir. La pauvre mignonne répétait tout bas, pendant que ses grands yeux désolés regardaient le ciel et que ses petits membres grelottaient:

—Mon Dieu, qui avez pitié des enfants délaissés!... Ma mère qui êtes là-haut, voyez-moi... j'ai froid, il fait noir, j'ai bien peur!... Elle étouffait ses sanglots de crainte d'attirer les affreux passants de la nuit.

Que faire pour la consoler!...