Le produit des contributions levées pendant la guerre était affecté au domaine extraordinaire, dont Bonaparte disposait à sa fantaisie. Il s'en réserva souvent une grande partie dont il se servit pour entretenir les frais de la guerre d'Espagne, les immenses préparatifs de la campagne de Moscou; et, enfin, il en réalisa une grande portion en espèces et en diamants qui étaient déposés dans les caves des Tuileries, et qui ont servi aux dépenses de la guerre de 1814, lorsque la ruine du crédit avait paralysé toutes les autres ressources.

Le plus grand ordre régnait dans la maison de Bonaparte; les appointements que chacun y recevait étaient assez considérables; mais, ensuite, tout était réglé de manière à ce qu'aucun des officiers de sa maison ne pût rien détourner des fonds qui lui étaient confiés.

Les grands officiers avaient quarante mille francs fixes. Les deux dernières années de son règne, il dota les places de ces grands officiers d'un revenu considérable, outre les dotations qu'il avait accordées aux individus qui les remplissaient.

Les places de grand maréchal, de grand chambellan et de grand écuyer furent dotées chacune de cent mille francs. Celles du grand aumônier et du grand veneur de quatre-vingt mille francs; celle du grand maître des cérémonies de soixante mille. L'intendant et le trésorier avaient chacun quarante mille francs. Le premier intendant fut M. Daru, et ensuite M. de Champagny, quand il quitta le ministère des affaires étrangères. Le premier préfet du palais, le chevalier d'honneur de l'impératrice, trente mille francs.

Mon beau-frère, M. de Nansouty, fut quelque temps premier chambellan chez l'impératrice; mais, cette place ayant été supprimée, il devint premier écuyer de l'empereur. La dame d'honneur avait quarante mille francs; la dame d'atours, trente mille francs. Dix-huit chambellans; les plus anciens avaient diversement, et selon que l'empereur le réglait toutes les années, ou douze, ou six, ou trois mille francs. Les autres étaient honoraires. Au reste, l'empereur réglait tous les ans les appointements de tout ce qui composait sa maison, ce qui augmentait la dépendance, par l'incertitude où l'on demeurait toujours sur son sort.

Les écuyers recevaient douze mille francs; les préfets du palais ou maîtres d'hôtel, quinze mille; les maîtres des cérémonies, de même. Chacun des aides de camp avait vingt-quatre mille francs, comme officier de la maison.

Le grand maréchal, ou grand maître de la maison, avait la surintendance de toutes les dépenses de la bouche, du domestique, de l'éclairage, chauffage, etc. Cette dépense montait à peu près à deux millions.

La table de Bonaparte était abondante et bien servie; la vaisselle fort belle et en argent. Dans les grandes fêtes et les grands couverts, on servait en vermeil. Chez madame Murat et la princesse Borghèse, tout était servi en vermeil.

Le grand maréchal était le supérieur des préfets du palais; son habit était amarante et brodé en argent sur toutes les tailles. Les préfets du palais portaient la même couleur, avec moins de broderie.

Les dépenses du grand écuyer se montaient à la somme de trois à quatre millions. Il y avait environ douze cents chevaux. Les voitures avaient plus de solidité que d'élégance. On leur avait donné à toutes la couleur verte. L'impératrice avait quelques équipages et de jolies calèches, mais point d'écurie particulière.