Le 30 mars, il y eut une séance au Sénat fort importante, et qui donna lieu à des réflexions de tout genre. L'empereur envoyait aux sénateurs la communication d'une longue suite de décrets dont le retentissement devait se faire sentir d'un bout de l'Europe à l'autre. Il n'est par hors de propos d'en rendre compte avec quelque détail, et de donner un extrait du discours de l'archichancelier Cambacérès, qui prouvera encore avec quelle obséquieuse adresse on savait envelopper de paroles spécieuses les déterminations subites d'un maître qui tenait l'esprit, comme tout le reste, dans un éternel mouvement.

«Messieurs, dit Cambacérès, au moment où la France, unie d'intention avec nous, assurait son bonheur et sa gloire, en jurant d'obéir à notre auguste souverain, votre sagesse a pressenti la nécessité de coordonner dans toutes ses parties le système du gouvernement héréditaire, et de l'affermir par des institutions analogues à sa nature.

»Vos voeux sont en partie remplis; ils le seront encore par les différents actes que Sa Majesté l'empereur et roi me prescrit de vous apporter. Ainsi vous recevrez avec reconnaissance ces nouveaux témoignages de sa confiance pour le Sénat et de son amour pour les peuples, et vous vous empresserez, conformément aux intentions de Sa Majesté, de les faire transcrire sur vos registres.

»Le premier de ces actes est un statut contenant les dispositions qui règlent tout ce qui concerne l'état civil de la maison impériale, et détermine les devoirs des princes et princesses qui la composent, envers l'empereur.

»Le second est un décret qui réunit les provinces vénitiennes au royaume d'Italie.

»Le troisième confère le trône de Naples au prince Joseph.»

En cet endroit se trouve un éloge assez étendu des vertus de ce nouveau roi, et de la mesure qui lui conserve le titre de grand dignitaire de l'Empire.

»Le quatrième contient la cession des duchés de Clèves et de Berg au prince Murat. (De même son éloge.)

»Le cinquième donne la principauté de Guastalla à la princesse Borghèse et à son époux. (Louanges en leur honneur.)

»Le sixième transfère au maréchal Berthier la principauté de Neuchatel[7]. (Il est loué ainsi que les autres.) Cette preuve touchante de la bienveillance de l'empereur pour son compagnon d'armes, pour son coopérateur aussi intrépide qu'éclairé, ne peut manquer d'exciter la sensibilité de tous les bons coeurs, comme elle est un motif de joie pour tous les bons esprits.