On ne contraignit point Lolotte à coucher dans sa chambre la nuit suivante; car on vouloit savoir auparavant qui avoit tout culbuté dans cette pièce.

La première chose qui étoit venue à l'idée du papa et de la maman, c'est que la petite s'étoit levée en rêvant, et s'étoit effrayée elle-même en renversant le guéridon, sur lequel étoient le gobelet et la carafe. Cette pensée, assez vraisemblable une fois adoptée, tout le reste s'expliquoit aisément; car on avoit trouvé Lolotte accrochée par sa chemise en voulant descendre de son lit. Ce n'étoit donc rien, ou presque rien.

Le papa qui vouloit prouver à sa petite fille, que rien n'arrive dans le monde sans une cause simple et naturelle, décida que Lolotte coucheroit auprès de sa mère, et que lui prendroit le lit de sa fille la nuit suivante. Cette mesure étoit d'autant plus sage, que par-là on s'assuroit si la petite ne prenoit pas l'habitude de se lever en dormant; ce qui auroit pu arriver. D'un autre côté, le papa lui prouvoit, en couchant dans cette chambre, qu'il n'y avoit rien à craindre; car personne ne s'expose volontairement à un danger certain.

Le soir étant venu, Lolotte coucha auprès de sa mère, comme il avoit été résolu, et elle dormit fort bien. Quant à son père, il ne tarda pas à être réveillé par un bruit qui l'étonna, et le fit mettre sur son séant: il entendit casser un carreau!… Comme il étoit dans le premier sommeil, il s'imagina que c'étoit un voleur qui vouloit ouvrir sa fenêtre pour entrer dans l'appartement. Le clair de lune lui permettoit de voir la croisée et même toute la chambre. Ce monsieur eut beau tenir ses yeux fixés sur la fenêtre, rien ne lui annonça qu'un homme cherchât à s'introduire dans sa demeure, et, par réflexion, il rit en lui-même d'avoir pu seulement arrêter sa pensée à une chose aussi impossible, puisque son appartement étoit au troisième étage. A la vérité, il y avoit un toit de communication qui se trouvoit tout proche, mais un homme n'auroit pu s'y tenir, ni y arriver.

Le père de Lolotte faisoit toutes ces réflexions, lorsqu'un nouveau bruit se fit entendre. Ayant tourné les yeux de ce côté, tous ses doutes furent éclaircis: il vit le voleur! car c'en étoit un, ou plutôt l'éléphant, le spectre de la veille. Un couvercle étant tombé, le père de Lolotte aperçut un chat qui, s'étant effrayé, cherchoit à s'enfuir, tenant à sa gueule un morceau de viande qu'il avoit pris.

Comme il importoit au papa de désabuser sa fille, il sauta légèrement du lit, et boucha la fenêtre. On réveilla la petite; elle vit le chat, qui avoit encore son vol à la gueule. On lui apprit de plus que la veille, la bonne avoit trouvé la fenêtre ouverte, circonstance qui s'étoit échappée de sa mémoire.

Dès lors Lolotte fut guérie pour toujours de la peur des revenans. Dans la suite, lorsqu'elle entendoit du bruit, elle alloit voir, et touchoit la chose qui l'inquiétoit; elle s'assuroit par-là qu'elle auroit eu tort de s'en effrayer. C'est ainsi que Lolotte, de poltronne qu'elle étoit, devint hardie et courageuse la nuit sans lumière.

Oh! dit Mimi, quand sa maman eut achevé son histoire, je serois bien comme Lolotte; je n'ai pas peur!—Je te prends au mot, Mimi; va me chercher mon mouchoir que j'ai laissé sur ma bergère, auprès de mon lit. Mimi y alla sur le champ, en riant de toutes ses forces. Elle ouvrit la porte de la chambre, et s'avançant hardiment, mais beaucoup trop vite, elle attrapa un tabouret qui se trouvoit sur son chemin, et tomba dessus, en jetant un cri! Madame Belmont courut à elle avec une lumière, et la trouva tout en larmes! T'es-tu blessée, ma fille? lui demanda cette tendre mère!—Non, maman.—Pourquoi pleures-tu donc?—C'est que j'ai eu peur!—Eh! de quoi?—Je n'en sais rien.—Tu as déjà oublié comment Lolotte s'est guérie de ses vaines frayeurs. Si d'abord tu eusses marché avec précaution, et qu'en heurtant le tabouret avec ton pied, tu y eusses porté la main, tu aurois vu qu'il n'avoit rien de redoutable. Allons, je vois que tu es encore trop enfant pour faire ton profit de la leçon que je t'ai donnée: remettons-en l'effet à un autre temps.

Piquée d'être appelée enfant, Mimi chercha mille prétextes dans la soirée pour aller sans lumière, dans le salon, dans la salle à manger, et dans les cabinets. Madame Belmont n'eut pas l'air de s'en apercevoir; elle recommanda seulement aux domestiques de ne rien laisser sur le chemin de la petite qui pût lui faire du mal. Mimi étoit si fière de sa victoire, qu'il fallut se fâcher pour l'empêcher de courir de côté et d'autre dans les ténèbres, au risque de se casser la tête.

Toute joyeuse de s'être conduite ainsi, la petite pria sa maman de lui conter une histoire.—Il n'est pas encore huit heures, ma chère petite maman, lui dit-elle; je ne me couche pas plus tôt; contez-moi une histoire, je vous prie. Madame Belmont devoit une récompense à sa fille pour avoir vaincu sa timidité—J'y consens, lui dit cette dame. Ecoute: