Marguerite arrive, demande qui est là tout sanglant sur la terre. Le peuple lui répond: Le fils de ta mère. Et son frère, en mourant, lui adresse des reproches plus terribles et plus déchirants que jamais la langue policée n’en pourrait exprimer. La dignité de la tragédie ne saurait permettre d’enfoncer si avant les traits de la nature dans le cœur.

Méphistophélès oblige Faust à quitter la ville, et le désespoir que lui fait éprouver le sort de Marguerite intéresse à lui de nouveau.

«Hélas! s’écrie Faust, elle eût été si facilement heureuse! une simple cabane dans une vallée des Alpes, quelques occupations domestiques, auraient suffi pour satisfaire ses désirs bornés, et remplir sa douce vie: mais moi, l’ennemi de Dieu, je n’ai pas eu de repos que je n’eusse brisé son cœur, et fait tomber en ruines sa pauvre destinée. Ainsi donc la paix doit lui être ravie pour toujours. Il faut qu’elle soit la victime de l’enfer. Hé bien! démon, abrège mon angoisse, fais arriver ce qui doit arriver. Que le sort de cette infortunée s’accomplisse, et précipite-moi du moins avec elle dans l’abîme».

L’amertume et le sang-froid de la réponse de Méphistophélès sont vraiment diaboliques.

«Comme tu t’enflammes, lui dit-il, comme tu bouillonnes! je ne sais comment te consoler, et sur mon honneur je me donnerais au diable, si je ne l’étais pas moi-même: mais penses-tu donc, insensé, que parce que ta pauvre tête ne voit plus d’issue, il n’y en ait plus véritablement? Vive celui qui sait tout supporter avec courage! Je t’ai déjà rendu passablement semblable à moi, et songe, je t’en prie, qu’il n’y a rien de plus fastidieux dans ce monde qu’un diable qui se désespère».

Marguerite va seule à l’église, l’unique refuge qui lui reste; une foule immense remplit le temple, et le service des morts est célébré dans ce lieu solennel. Marguerite est couverte d’un voile: elle prie avec ardeur; et lorsqu’elle commence à se flatter de la miséricorde divine, le mauvais esprit lui parle d’une voix basse et lui dit:

«Te souviens-tu, Marguerite, de ce temps où tu venais ici te prosterner devant l’autel? tu étais alors pleine d’innocence, tu balbutiais timidement les psaumes, et Dieu régnait dans ton cœur. Marguerite, qu’as-tu fait? que de crimes tu as commis! Viens-tu prier pour l’âme de ta mère, dont la mort pèse sur ta tête? Sur le seuil de ta porte, vois-tu quel est ce sang? c’est celui de ton frère, et ne sens-tu pas s’agiter dans ton sein une créature infortunée qui te présage déjà de nouvelles douleurs?

Marguerite.

«Malheur! malheur! comment échapper aux pensées qui naissent dans mon âme et se soulèvent contre moi?

Le Chœur, chante dans l’Église.