LETTRE XXIII.

Léonce à Delphine.

Ma volonté est soumise à la vôtre; mais je ne sais quel accablement douloureux altère en moi les principes de la vie; hier, en revenant de chez vous, je pouvois à peine me soutenir sur mon cheval; j'essaierai d'aller à Bellerive ce soir; mais j'ai à peine la force d'écrire. Adieu.

LETTRE XXIV.

Delphine à Léonce.

Léonce, je vous crois généreux, pourquoi donc vous cacherois-je ce qui est dangereux pour moi? Vous savez, vous devez savoir, que si vous me rendiez coupable, je n'y survivrois pas; et vous me connoissez assez pour ne pas imaginer que j'imite ces femmes dissimulées, qui veulent se laisser vaincre, après avoir long-temps, résisté. Si vous ne voulez pas que je meure de douleur ou de honte, je dois obtenir, en vous confiant le secret de ma foiblesse, que votre propre vertu m'en défende. O Léonce! si vous souffrez, si vos peines altèrent quelquefois votre santé, ne vous montrez pas à moi dans cet état.

Hier, en vous voyant si pâle, si chancelant, je me sentis défaillir; quand l'image de votre danger se présente à moi, toute autre idée disparoît à mes yeux. Il se passoit hier dans mon coeur une émotion inconnue, qui affoiblissoit ma raison, ma vertu, toutes mes forces; et j'éprouvois un désir inexprimable de ranimer votre vie aux dépens de la mienne, de verser mon sang pour qu'il réchauffât le vôtre, et que mon dernier souffle rendît quelque chaleur à vos mains tremblantes.

Léonce, en vous avouant l'empire de la souffrance sur mon coeur, c'est vous interdire à jamais de m'en rendre témoin; dérobez-la-moi, s'il est possible; cette prière n'est pas d'une âme dure, et vous l'adresser, c'est vous estimer beaucoup. Ne répondez pas à cette lettre; en l'écrivant, mon front s'est couvert de rougeur. Je vous ai imploré, protégez-moi; mais sans me rappeler que je vous l'ai demandé.

LETTRE XXV.

Léonce à Delphine.