—Voila déjà, disait-elle avec humeur, qu'on commence à mettre ma maison en désordre.

L'instant d'après, Alphonse, altéré par le violent exercice qu'il avait donné à sa poitrine, sortit pour boire un verre d'eau, et peut-être aussi pour se désennuyer un instant en quittant le salon. Il eut le malheur de boire dans le gobelet de son grand-père; mademoiselle Raymond, qui s'en aperçut, accourut comme si le feu eût été à la maison.

—On ne boit pas, dit-elle, dans le gobelet de Monsieur.

Alphonse s'excusa sur ce qu'il ne le savait pas. Mademoiselle Raymond voulut lui prouver qu'il devait le savoir; Alphonse répliqua. Mademoiselle Raymond continua à se fâcher, et Alphonse, se fâchant à son tour, répondit à mademoiselle Raymond quelques mots assez peu polis, et rentra dans le salon en fermant la porte très-fort. Mademoiselle Raymond y entra l'instant d'après, et ferma la porte avec une précaution marquée, et d'une voix encore toute agitée par la colère, elle dit à M. d'Aubecourt:

—Comme vous n'aimez pas qu'on ferme les portes fort, vous aurez la bonté de le dire vous-même à monsieur votre petit-fils, car moi, il ne me permet pas de lui parler.

—Que voulez-vous! mademoiselle Raymond, répondit M. d'Aubecourt, c'est comme cela qu'on élève les enfants aujourd'hui; c'est à nous à plier devant eux.

Heureusement que madame d'Aubecourt se trouva à côté de son fils; elle lui serra le bras pour l'empêcher de répondre à son grand-père; mais il trépigna d'impatience et garda le silence jusqu'à l'heure du souper: à table, on ne mangea guère, et l'on parla moins encore; et aussitôt après madame d'Aubecourt demanda la permission de s'aller reposer. Lorsqu'ils furent dans la chambre que devaient habiter madame d'Aubecourt et sa fille, Lucie, qui s'était contenue jusqu'alors, se mit à pleurer; et Alphonse, se promenant dans la chambre avec agitation, disait:

—Cela commence joliment! puis il reprenait:

—Que mademoiselle Raymond s'avise de me parler encore sur ce ton-là!

—Alphonse, lui dit sa mère avec un peu de sévérité, songez que vous êtes chez votre grand-père.