Et le malin abbé, les yeux fixés sur Hélène et le bougeoir placé comme s'il voulait lui bien montrer sa figure moqueuse, appuyait sur chaque marche et sur chaque mot, et ne finissait ni de parler ni d'arriver. Ils arrivèrent enfin, et Hélène s'échappa de son bras, bien contente d'en être quitte. Les plaisanteries de l'abbé la désolaient; cependant elle y voyait un fonds de bonne amitié qui l'empêchait de lui en savoir mauvais gré.

Lui, de son côté, touché de la douceur avec laquelle elle les prenait et du désir qu'elle montrait d'obtenir son estime, aurait bien voulu la corriger, d'autant qu'il voyait que malgré son affectation elle était réellement bonne et sensible.

Madame d'Aubigny avait un vieux domestique assez brutal, quoiqu'il lût toute la journée des livres de morale et de dévotion; elle lui avait permis de prendre avec lui un petit neveu à qui il prétendait donner une belle éducation. Tous les talents de cet homme pour enseigner se bornaient à battre le petit François quand il ne savait pas sa leçon d'histoire ou de catéchisme, et François, à qui cette méthode ne donnait pas le goût du travail, n'en savait jamais un mot et était battu tous les jours. Un matin Hélène le vit descendre l'escalier en pleurant tout haut; il venait de recevoir sa correction ordinaire, et il en devait recevoir deux fois autant s'il ne savait pas sa leçon au retour de son oncle, qui était allé faire une commission. Hélène lui conseilla de se dépêcher de l'apprendre; le petit garçon prétendit qu'il ne le pouvait pas.

—Viens, dit Hélène, nous l'apprendrons ensemble; et elle l'emmena dans l'appartement, où elle se mit à le faire étudier et répéter avec tant d'application, que l'abbé Rivière, qui venait pour voir madame d'Aubigny, entra sans qu'elle l'entendit.

—Dépêche-toi donc, disait-elle à François, pour qu'on ne sache pas que c'est moi qui t'ai fait répéter.

—Ah! je vous y prends donc enfin, dit l'abbé, à faire quelque chose de bien pour vous toute seule!

Hélène rougit de plaisir; c'était la première fois qu'elle s'entendait louer sincèrement par lui. Mais au même instant l'amour-propre prit la place du bon sentiment qui l'avait animée; ses manières cessèrent d'être naturelles; et quoi qu'elle continuât absolument la même action, il était facile de voir qu'elle ne la faisait plus par le même principe.

—Allons, allons, je m'en vais, dit l'abbé; redevenez bonne tout simplement, personne n'y regarde plus.

Le soir, chez madame de Villemontier, Hélène trouva moyen de venir à parler de François; l'abbé secoua la tête; il voyait bien ce qui allait suivre; et Hélène, qui ne le perdait pas de vue, le comprit et s'arrêta; mais le caractère l'emportant, une demi-heure après elle revint au même sujet par une voie détournée. L'abbé se trouvait près d'elle.

—Tenez, lui dit-il tout bas en lui poussant la coude, je vois bien que vous voulez que je le raconte; en effet, cela vaudra mieux; et le voilà qui commence: