—Vous savez bien, maman, dit Cécile, que c'est l'heure à laquelle vous devez prendre votre bouillon.
Alors Hélène se leva avec un grand cri, serra son ouvrage avec une grande précipitation, dans la crainte de manquer l'heure.
—Voila, dit quelqu'un, deux jeunes personnes bien ponctuelles et bien soigneuses.
—Oui, reprit l'abbé entre ses dents et en regardant Hélène avec un souris malin, mademoiselle Cécile soigne à merveille sa mère, et mademoiselle Hélène sa réputation.
Hélène rougit et se hâta de s'en aller, dans la crainte de quelque nouveau sarcasme; mais madame de Villemontier ayant prié l'abbé d'accompagner Hélène pour revenir lui dire ensuite des nouvelles de madame d'Aubigny, il prît le bougeoir et la suivit; elle marchait si vite qu'il ne pouvait la joindre.
—Attendez-moi donc, lui dit-il en arrivant près d'elle tout essoufflé, vous allez vous casser le cou.
—Je suis si pressée de savoir comment se trouve maman!
—Que vous êtes heureuse, dit l'abbé en prenant son bras, de pouvoir, au milieu de votre inquiétude, penser à tant d'autres choses! Pour moi, si quelqu'un que j'aimasse beaucoup était malade, je serais si occupé de sa maladie, qu'il me serait bien impossible de remarquer ce que je fais pour lui, encore moins de penser à le faire remarquer aux autres; mais les femmes ont la tête si forte!
—Mon Dieu, monsieur l'abbé, dit Hélène, que cette remarque embarrassait, vous ne pouvez donc passer un moment sans me tourmenter?
—C'est-à-dire sans vous admirer. On admire les autres sur l'ensemble de leur vie et de leurs actions; on les aime, on les estime, parce qu'elles se sont bien conduites longtemps de suite et en diverses occasions; mais pour mademoiselle Hélène, c'est à chaque occasion qu'il faut l'admirer; chacune de ses actions, de ses pensées, chacun de ses mouvements exige un éloge.