—Oh! papa, quelle différence!
—Je n'en vois aucune: les droits d'un enfant de deux ans me paraissent tout aussi sacrés que ceux d'un enfant de treize; ou si vous admettez que l'âge fasse quelque différence, alors vous conviendrez bien qu'un enfant de treize ans doit en avoir moins qu'un homme de vingt.
Armand secoua la tête, et n'était pas convaincu: son père l'ayant engagé à dire ce qu'il pensait:
—Il faut croire, répondit-il, qu'il y a à dire contre cela quelque bonne raison que je ne trouve pas; mais quand il serait avantageux pour les enfants qu'on les forçât d'obéir, je ne comprends pas qu'on puisse avoir le droit de faire du bien à quelqu'un quand il ne le veut pas.
—Eh bien! Armand, vous ne voulez donc pas que je vous oblige à être raisonnable en m'obéissant?
—Oh! papa, je ne dis pas cela; mais...
—Mais, moi, je le comprends fort bien; et comme je ne veux pas que vous puissiez me croire injuste, je vous promets de ne plus vous obliger à m'obéir, que vous ne m'ayez dit que vous le désirez.
—Que je désire que vous m'obligiez à vous obéir, papa! dit Armand, moitié riant et moitié boudeur, comme s'il eût cru que son père se moquait de lui, vous savez bien qu'il est impossible que je désire jamais cela.
—C'est ce que nous verrons, mon fils; j'en veux avoir le plaisir; et dès ce moment je me démets de mon autorité jusqu'au moment où vous me demanderez de la reprendre. Il faut vous résoudre à en faire autant, mon cher abbé, dit M. de Saint-Marsin à l'abbé Durand, vos droits cessent en même temps que les miens.
L'abbé, qui comprenait les intentions de M. de Saint-Marsin, lui promit, en souriant, de s'y conformer; pour celui-ci, il conservait toujours son air grave, et Armand promenait ses yeux de l'un à l'autre d'un air incertain, comme pour voir si la chose était sérieuse.