—C'est Jacques qui a voulu que je vienne, dit la voix aimée, assourdie, en ce moment, par une suprême angoisse. Il prétend—il se trompe, n'est-ce pas?—il dit qu'il y a un malentendu entre nous, que, si vous n'avez pas voulu de moi, il y a deux ans, ce n'était pas, c'était... par devoir, par dévouement; que si vous aviez été libre... On croit facilement ce que l'on espère; je n'ai pas pu résister au désir de venir savoir si c'est vrai. Pardonnez-moi!

Nadine n'entend plus rien. Une joie surhumaine l'envahit toute, brisant ses dernières forces, brouillant le contour des choses, l'emportant dans un tourbillon de fidélité. Elle va tomber, mais un bras vigoureux la retient. Elle laisse aller sa tête sur une chère épaule. Aussitôt, quel repos invraisemblable, divin, succédant à tant de tourments! Quelle sécurité délicieuse après tant d'inquiétudes, quelle douceur, quelle paix!

—Alors, c'est vrai? demande-t-il très bas, en se penchant sur le blanc visage adoré.

—Oui...

Il se baisse encore davantage: tout semble aboli sauf eux-mêmes et la minute présente qui contient l'éternité. On marche dans le corridor... Ils se séparent, tremblants comme des coupables, ivres, véritablement ivres de bonheur.

—Mais, alors, je ne comprends pas... pourquoi ce «de beaucoup trop jeune» qui m'a tant fait souffrir?

—J'avais promis... vous vous souvenez...

—De ne pas abandonner votre père? Je savais cela. Je vous aurais comprise et approuvée Pourquoi ne disiez-vous pas, tout simplement...

—Que je vous aimais, que je me sacrifiais à Père, à sa santé, à son bonheur? Non! D'abord, aurait-il accepté? Et puis, il était si malade, ce jour-là! Je le voyais si mortellement inquiet! Il fallait le rassurer, à tout prix, entièrement, lui donner le repos d'esprit qui, pour lui, à ce moment-là, était la vie même.

—Vous avez raison; j'aurais dû deviner, m'informer auprès de vous, avant. Mais j'étais affolé; on m'avait dit que vous aviez été demandée en mariage; j'ai craint qu'on ne vous prît à moi. Encore, si j'avais été sûr que vous m'aimiez! Je croyais bien l'avoir lu dans vos yeux, mais jamais vos lèvres ne me l'avaient dit. On doute toujours quand on aime vraiment, vous le savez. Je pouvais m'être trompé, avoir pris mes désirs pour la réalité. Si j'allais vous retrouver mariée ou fiancée! Sans réflexion, j'ai écrit. La réponse, de votre main, catégorique et nette comme un coup de couteau, a tranché toutes mes espérances. J'ai cru que vous ne vouliez pas de moi, que vous aviez pris cet invraisemblable prétexte pour me repousser.