—Eh bien! m'est avis que vous avez fait cette nuit un sermon de Noël que vos paroissiens n'oublieront pas de si tôt. Tout le monde le comprendra, celui-là: les ignorants comme les savants, les simples comme les intelligents. Que le bon Dieu vous bénisse pour votre bonté!

Le jeune homme partit, joyeux. La neige ne tombait plus. Un gai soleil transformait le paysage. Montagnes et vallées, bois et plateaux étaient encore tout blancs, mais ce n'était plus le funèbre linceul de la nuit, c'était un manteau royal, d'une pureté immaculée, étincelant. Des cristaux brillaient à toutes les branches des arbres, aux toits de toutes les maisons. Le petit cheval marchait d'un bon pas.

—Eh bien! Ali, lui dit son maître, cela va mieux que tout à l'heure, hein? Quel magicien que ce soleil! Qui croirait que nous avons tant souffert, il y a quelques heures à peine, dans cette merveilleuse campagne! Mais vois donc comme tout est gai, comme tout est beau, maintenant, alors que tout était si mortellement triste, si lugubre, cette nuit! Nous passons, sans transition, du cauchemar au rêve enchanteur. Le soleil, n'est-ce pas, la lumière, c'est la moitié de la vie. Oui, oui, tu me comprends, tu sens comme moi!... Quel malheur que tu ne puisses pas me répondre!

La route, si longue, la veille, pour les égarés, fut vite franchie. Vers midi, suivant sa promesse, M. Malprat frappait à la porte du presbytère. Aussitôt des cris de joie retentirent; et, dans l'encadrement de la porte, péniblement ouverte, il vit le groupe charmant de sa jeune femme, de ses beaux enfants, et de la grand'mère qu'il avait cru ne jamais revoir. Jusqu'à Mariette, qui riait d'aise, derrière les autres.

—Bon Noël à tous! cria-t-il du seuil.

—Papa, s'écria Odet, j'ai dit au bon Dieu de t'envoyer un de ses anges pour te garder. L'a-t-il fait?

—Oui, mon garçon.

—Ah! j'en étais sûr! Et tu l'as vu?

—Oui, mon petit.

—Comment était-il? Avait-il de grandes ailes et une longue robe blanche?