—Je te raconterai cela plus tard, ce soir.

—Oh! Fred, tu ne sais pas! s'écria la jeune femme. Aubert, le facteur, a été trouvé mort, enseveli dans la neige! N'est-ce pas horrible? Il a dû perdre son chemin et a été pris par le sommeil. Le chien du garde-forestier l'a découvert ce matin, vers sept heures, non loin de la ferme des Lambert. Nous avons été mortellement inquiets pour toi. Quelle nuit atroce!

—Eh bien! comment avez-vous trouvé le père Lecointre, demanda grand'mère, se hâtant de débarrasser son gendre de sa pelisse, et lui faisant passer des habits secs et chauds.

—Il était guéri. Il s'est enivré un peu plus qu'à l'ordinaire, voilà tout.

—Je le pensais bien, reprit-elle gravement.

—C'est indigne! s'écria Madame Malprat. T'avoir exposé à mourir gelé, nous avoir fait passer cette nuit d'angoisses, et tout cela pour rien! J'aurai de la peine à le lui pardonner, par exemple!

—Et notre veillée de Noël, qui a été gâtée, c'est une honte! s'écria François, exaspéré.

—Et le pudding que nous n'avons pas mangé! ajouta Odet.

—Silence, mes chéris!—dit sévèrement le pasteur, tandis qu'un frisson d'horreur le parcourait tout entier. Comment, vous vous plaignez et je suis là, auprès de vous! Mais, comme lui, j'aurais pu rester en chemin! Si Ali pouvait parler, il vous le dirait bien. Nous avons dû, même, passer près de ce malheureux sans le voir, sans lui porter secours! Ah! c'est abominable, mourir ainsi, dans ce froid, dans cette nuit, tout seul... Pourtant lui aussi faisait son devoir! Dieu l'a recueilli! Mais sa pauvre femme, ses petits enfants qui l'ont attendu, et qui ne le reverront jamais!... C'est affreux!

—Son petit garçon n'aura pas prié Dieu de lui envoyer un de ses anges, n'est-ce pas? demanda Odet.