Maintenant l'enfant n'a plus que sa chemise de toile blanche trop longue, sa première chemise de grand garçon dont il est très fier. Le feu rougit ses vigoureuses jambes brunes, toujours nues, et ses petits pieds nerveux.
—Allons, Yanoulet, dit la mère d'une voix douce, dépêche-toi donc! Fais vite ta prière, et au lit!
—J'ai pas sommeil!
—Tu dis cela, mais dès que tu auras la tête sur le traversin... Je t'ai mis un caillou bien chaud.
—Je me retournerai un grand moment avant de m'endormir.
—Il est neuf heures et demie; c'est tard pour un enfant de ton âge.
—Les enfants de mon âge vont à la messe de minuit: Peyroulin, et Yantin, et Joseph de Laborde...
—C'est possible. Mais tu sais bien que toi, tu n'es pas assez fort. Ça te fait toujours du mal de veiller. De plus, nous devons aller voir ta grand'mère à Nay, demain. C'est loin. Que dirait-elle si tu avais l'air fatigué? Elle croirait que je ne te soigne pas bien.
—Mais c'est de dormir trop, au contraire qui me rend malade.
—Ne dis pas des bêtises. Et puis, ce soir, les chemins sont glissants pour descendre au village; le vent est si fort qu'il te renverserait, et si froid, qu'il te percerait jusqu'aux os. Sûr, tu attraperais du mal. Allons, mon Yanoulet, ne fais pas le méchant, va te coucher. Si c'était possible, tu le sais bien, je te céderais: je n'aime rien tant que de te faire plaisir. Tu iras à la messe de minuit l'année prochaine. Il te faut manger encore un peu de soupe, vois-tu, avant, devenir grand et gros.