—Alors, si je suis petit, prends-moi sur tes genoux et raconte-moi une histoire, comme autrefois.

—Petit, petit, pas tant petit que cela, tout de même: tu as dix ans. A dix ans on est presqu'un homme. A dix ans ton pauvre père était déjà en condition et gagnait sa vie.

—Il allait à la messe de minuit.

—Peut-être...

—Tu vois bien. Moi, je veux toujours rester petit, être toujours ton hilhot[1], «lou pouricou de mama[2]».

Note 1:[ (retour) ] Petit fils.

Note 2:[ (retour) ] Petit poussin de maman.

En disant cela Yanoulet s'était glissé sur les genoux de sa mère; il entourait sa tête de ses bras déjà robustes et la serrait avec force.

—Lâche-moi, dit la veuve, tu m'étrangles. Ah! coquin, comme tu sais bien t'y prendre! Comme tu sais me faire faire tout ce que tu veux! Mais, si je te cède, promets-moi, au moins, d'être plus sage, plus attentif en classe: le maître m'a dit encore hier que tu n'écoutes pas, que tu restes les yeux en l'air, comme un innocent, au lieu de le regarder, lui ou ton cahier. Promets-moi de bien faire tes devoirs, d'apprendre tes leçons et non pas de t'échapper pour aller dénicher les oiseaux ou voler des fruits avec Peyroulin, ce qui est très laid; il t'entraîne toujours au mal, ce polisson-là! Il faut l'envoyer promener, lui dire de te laisser tranquille, que si, lui, veut faire le mauvais sujet, toi, tu ne veux pas.

—Oui, oui, Maï beroye[3], je le lui dirai, sois tranquille.