—Que me chantes-tu là? qu'il répond, incrédule. Le bonheur n'a jamais été le partage des misérables comme moi. Un enfant naissant pourrait-il changer quelque chose à notre sort malheureux? Pauvres nous avons toujours été, pauvres nous mourrons; il n'y a qu'à prendre patience.

L'ange lui explique: cet enfant, c'est le fils de Dieu, qui vient, non pas pour porter la nourriture du corps, mais celle du coeur, pour pardonner les péchés et enseigner le courage à ceux qui souffrent.

Le berger, bien réveillé cette fois, se tire du lit, s'habille, pousse sa porte: il voit le ciel ouvert et des anges qui volent dedans; une lumière, plus claire que celle de la lune quand elle est dans son plein, plus douce que celle du soleil, éclaire les prairies et les bois. Il entend dans les airs des chants divins; sur la route des voix, des bruits de sabots; certes, oui, il se passe quelque chose de pas ordinaire. Tout le village est réveillé; les pasteurs se rassemblent sur la place; la nouvelle s'est répandue, l'ange a parlé à plusieurs. Serait-il Dieu possible que cela fût vrai, que le Sauveur du monde vînt de naître, et dans une étable, encore? Tout tremblant et craintif il court rejoindre les bergers qui se préparent à aller faire visite à l'enfant Jésus.

—Allons, qu'il dit, je vais avec vous.

—Mais que lui porterons-nous, nous autres, pauvres? se demandent-ils tous ensemble, inquiets. Ce n'est pas l'usage, ici, d'arriver chez les gens les mains vides.

—Té! ce que nous aurons, tant pis! Puisqu'il connaît tout, il saura bien que nous ne pouvons pas faire plus.

—Moi, dit un qui était bien gêné, rapport à ce qu'il avait beaucoup d'enfants, je lui donnerai un pain de ma dernière fournée; moi, dit un autre, un jeune agneau de mon troupeau; moi, un fromage de mes brebis; moi, du lait fraîchement tiré; moi une bourracette[9] bien épaisse, faite avec la laine de mes moutons, pour le garder du froid.

Note 9:[ (retour) ] Lange de laine.

Nicodème, drin[10] de crème!

Arnautou, escautou[11]!