—Voilà mon cheval de bois, voilà mon cheval de bois! crie à tue-tête Odet, le plus petit, gros bonhomme joufflu, dont les grands yeux noirs brillent comme des diamants sous ses boucles dorées.
—Et moi, voilà ma trompette, ma belle trompette que j'ai demandée! dit Jean, joli garçonnet de cinq ans, blond aussi, mais plus frêle, dont les yeux bleus profonds, les traits délicats et volontaires forment un parfait contraste avec la rondeur naïve de son cadet.
—Ma poupée, ma poupée! s'écrie en extase Marie, l'unique fille, la petite maman déjà sérieuse de ses frères. Elle est bien plus belle que la poupée de grand'mère, que j'aime bien, pourtant. Elle a des cheveux, de vrais cheveux d'enfant qu'on peut peigner, et non pas un chignon noir en porcelaine, comme l'autre! Elle est justement habillée de bleu, comme je le désirais tant!
—Et moi, et moi, je vois le couteau de grand garçon dont j'avais envie! s'exclame François, le fils aîné, l'homme en second de la famille, l'ami et le compagnon de son père. Je n'espérais pas qu'on me le donnerait encore. Il a une serpette pour couper les bâtons et pour les tailler, quel bonheur! Faisons une ronde autour de l'arbre, tu permets, papa?
—Certainement.
—Venez, Mariette, dit François, à la vieille bonne qui contemple l'arbre, sûre, elle aussi, de n'avoir pas été oubliée.
Et les voilà qui tournent comme des fous, jusqu'à ce que les petits tombent, exténués.
—Maintenant, c'est assez, dit le père. Venez vous asseoir un tout petit moment là, auprès de la grande bûche qui donne si chaud et qui brûle si bien; je vous expliquerai ce que c'est que Noël et pourquoi nous sommes si heureux quand c'est Noël.
—Je le sais, dit Jean. Noël, c'est quand Jésus est né dans une crèche!
—Et pourquoi sommes-nous si contents, quand c'est Noël?