—Je le sais, moi aussi, dit Odet, dont la figure épanouie s'épanouit encore. C'est parce qu'il y a un arbre avec des joujoux et des pommes et des gâteaux, et un pudding qui brûle avec du rhum, à dîner, et parce que nous restons levés jusqu'à dix heures, comme les grands, et que tu nous racontes des belles histoires.
—Et que, le lendemain, nous trouvons des jouets dans nos souliers, reprend Jean.
—Oui, mais pourquoi, nous, les grands, fêtons-nous ce jour-là en vous donnant toutes ces joies?
—Parce que vous êtes un bon papa et une bonne maman et une bonne grand'mère, et que vous nous aimez, dit en rougissant la blonde Marie.
—Oui, sans doute; mais c'est aussi parce que nous sommes contents nous-mêmes. Et nous sommes contents parce que la nuit de Noël, il y a plusieurs siècles, dans les champs de la Judée, comme les bergers gardaient leurs troupeaux, tout à coup ils ont vu le ciel s'ouvrir, une grande multitude d'anges a paru, et qu'est-ce qu'ils disaient, François?
—«Paix sur la terre, bonne volonté parmi les hommes!»
—Oui, et cela veut dire: hommes de la terre, Dieu vous aime malgré vos péchés, puisqu'il vous envoie son Fils pour vous sauver. Alors, suivez son exemple, aimez-vous bien fort, vous aussi, les uns les autres, et, puisqu'il vous sacrifie ce qu'il a de plus précieux, vous, à votre tour, sacrifiez-lui vos haines, vos querelles, votre égoïsme: soyez en paix entre vous, ayez de la bonne volonté, de la bienveillance les uns envers les autres.
—Vi, dit gravement Odet. Et quand on donnera les affaires?
—Tout de suite, mon bonhomme. Je vois que vous êtes trop impatients pour m'écouter; après, vous serez peut-être plus attentifs.
A ce moment un coup de marteau vigoureux retentit dans le silence de la nuit et fit trembler la vieille maison.