Tendrement, péniblement, car il pèse beaucoup, la veuve le porte dans son grand lit que tiédit un gros caillou du Gave chauffé sous la cendre; elle le borde, récite pour lui le Pater oublié, le baise sur le front avec amour. Puis, elle couvre le feu, s'enveloppe de son capulet noir, éteint la chandelle, ferme solidement la porte après elle, et s'en va dans la nuit épaisse, aux premiers sons de la cloche qui, en bas, appelle les fidèles.
II
LA TERRUCOLE
«Ici l'on a des fées
Comme ailleurs des oiseaux.»
V. Hugo.
Fuite en Sologne.
(Chansons des rues et des bois).
—Pas si vite, enfants! dit une voix, bien loin, derrière. Les gamins ne l'écoutent pas. Emmitouflés dans leurs grands cache-nez tricotés aux couleurs voyantes, le béret enfoncé jusqu'aux oreilles, les pieds dans des sabots bourrés de paille, une main dans la poche du pantalon, l'autre tenant une petite lanterne, ils grimpent lestement le long du chemin des fées qui, tout lumineux sous la clarté de la lune, semble conduire à un pays enchanté. De petites lumières vacillent tout au long, comme des feux follets: ce sont les falots des fidèles qui reviennent de la messe de minuit et regagnent le haut du coteau en passant par la Terrucole. Car c'est Noël: hades et broutches sont cachées, le bois est à tout le monde, cette nuit.
—Yanoulet, Peyroulin! crie encore la voix, de plus en plus lointaine; mais les enfants ne s'arrêtent pas.
—Dépêche-toi, dit le plus vieux, Peyroulin, le voisin de Yanoulet et son mauvais conseiller.—Si nous nous arrêtons, nous n'aurons pas le temps. C'est cette nuit, seulement, que le bois n'est pas hanté. Voyons: veux-tu, oui ou non, avoir des sous, de belles pièces d'argent, de l'or, peut être, qui sait? et cela sans travailler, sans même prendre de peine? Oui? Eh! bien, marche, suis moi! C'est un peu plus loin, à gauche. Tu viens? Prends garde aux épines. Tiens, tu vois ces chiffons? c'est là.
—Mais c'est voler que de prendre cet argent?
—Allons donc, quelle bêtise! Voler qui? Les broutches? ce serait pain bénit. Ce sont de mauvaises bêtes qui viennent du démon. D'ailleurs, ce qui est à elles est à tout le monde: elles n'ont qu'à ne pas laisser traîner ce qu'on est assez sot pour leur jeter.
—Mais si elles se réveillent, et nous attrapent?