Il se précipite, mais, horreur! il se sent retenu par la blouse. Il pousse un grand cri.

—Imbécile, lui dit Peyroulin, veux-tu donc nous faire prendre? Qu'as-tu à brailler comme un âne? C'est une épine qui t'accrochait, voilà tout! Tiens, je l'ai ôtée! Mets ton argent dans la poche et hardi! courons rejoindre les autres.

—Où étais-tu, maynat[15], demanda la veuve, quand l'enfant l'eut rejointe en haut de la Terrucole, près du Calvaire, après que les voisines se furent séparées.

Note 15:[ (retour) ] Enfant.

—J'étais avec Peyroulin, dans le ravin.

—Pourquoi as-tu crié? Tu as vu quelque chose? Une bête t'a piqué? Tu es tout pâle.

—Non, une ronce avait attrapé ma blouse, j'ai cru que c'était une broutche.

—Aussi quelle idée de nous quitter et de s'en aller comme un fou à travers des broussailles, là où aucun chrétien n'ose s'aventurer.

—C'est Peyroulin qui voulait.....

—Oui, c'est toujours un autre qui veut, mais c'est tout de même toi qui fais la bêtise. Il faut savoir dire non quelquefois, vois-tu, mie[16]. Tu devais rester près de moi comme tu me l'avais promis. Mais ne nous fâchons pas, ce soir, je suis trop heureuse de t'avoir avec moi. J'étais si triste l'an passé, sans toi, si tu savais! C'est que tu es tout pour moi, vois-tu! Depuis que ta grand'mère est morte je n'ai plus personne que toi au monde puisque je suis orpheline, sans frère ni soeur, et que ton défunt père était fils unique. Je suis bien seule! Tiens, nous sommes arrivés, voici la clef, ouvre la porte. Ah! comme il fait bon chez nous, ne trouves-tu pas, mon petit? Regarde la belle souche, comme elle chauffe! Je l'ai gardée toute l'année exprès pour ce soir. Et j'allume deux chandelles pour y voir bien clair. Je t'ai fait une tourte et un pastis[17] comme je te l'avais promis. Enlève ton cache-nez, ton béret, et mettons-nous à table. Ah! ce réveillon, nous y voilà enfin! L'ai-je assez attendu, mon Dieu! Il n'y a pas sur la terre une femme plus heureuse que moi, ce soir, puisque j'ai là mon hilhot, tout à moi!