—Ah! la mienne, maman, est si bonne! Tout ce que je veux elle le fait. C'est ma pauvre défunte grand'mère de Nay, morte au printemps, qui m'avait mis cela en tête. Elle me disait: «Toi, tu n'es pas fabriqué pour être un paysan, comme ton père qui était fort et grand; tu es fin comme une demoiselle. Ça ferait deuil de te voir travailler la terre; faut que tu deviennes un Monsieur. Tu n'aimes pas assez les livres pour faire un régent ou un curé; mais dis à ta mère qu'elle te mette commis dans un magasin, à Villeneuve. Je voudrais te voir en veste et en chapeau avant de mourir». Alors, moi, j'ai cru que je serais plus heureux comme cela. J'ai tant prié Maman, tant pleuré qu'elle m'a écouté. Si j'avais su!...
—Comment, tu regrettes d'être à la ville, bien nourri, bien vêtu, bien logé, et de ne rien faire?
—Rien faire? Partout il faut travailler pour gagner son pain, va. Et puis, on s'ennuie à recommencer toujours les mêmes choses. Mais c'est moins pénible que la terre, pourtant.
—Oui, elle est plus basse pour toi que pour les autres, peut-être, la terre, fichu feignant! Dis donc, quand tu auras ton paletot et ton chapeau, tu ne sauras plus parler patois, tu ne me reconnaîtras plus, j'en suis sûr. Allons, en attendant, viens-t-en, c'est par ici. Tourne ta lumière en dedans, pour qu'on ne nous voie pas. Là, y es-tu? Gare à cette ronce et à cette branche. Té, regarde, en voilà des sous: deux, quatre, six, dix! Et toi, tu n'as rien trouvé?
—Si, un franc.
—Une pièce?
—Une pièce.
—Veinard, va!
—Yanoulet!
—Oui, Maï!