—Cette fois, Maï, je suis sûre que ce n'est pas le vent; le vent est dehors et le bruit est dans la chambre. On dirait quelqu'un qui pleure.

Jean, écroulé dans la ruelle, derrière les rideaux du lit, n'arrivait plus à maîtriser ses sanglots. Que faire? Se montrer? Non. Il s'en trouvait à jamais indigne. Devant la grandeur de l'indulgence maternelle, au récit de cette vie d'abnégation et d'amour, si pure, tout entière consacrée à son souvenir, au bien, son offense lui semblait décuplée, sa propre vie lui apparaissait criminelle, hideuse, intolérable. Ah! s'en aller, s'en aller! Se terrer, n'importe où, se tuer sur le pas de la porte en baisant le seuil vénéré. Mais comment sortir sans attirer l'attention éveillée, maintenant?

—Ne t'effraie donc pas, pègue[25], continua la mère, je te garde. Je n'ai plus que toi au monde, qui donc oserait venir te prendre dans mes bras!

Note 25:[ (retour) ] Sotte.

—Alors, s'il revenait, ton petit garçon, au lieu de le gronder, de le punir, tu lui pardonnerais, tu serais contente de le revoir?

—Il a été bien assez grondé par sa conscience, assez puni par ses remords: on ne peut pas être heureux, vois-tu, quand on quitte le droit chemin, à moins d'être tout à fait canaille, et il ne l'est pas, j'en suis bien sûre. Ah! s'il revenait, s'il me disait comme autrefois: «Me voici, Maï, pardonne-moi!» Je lui crierais: «Hilhot, hilhot, viens dans mes bras!» et je crois que je mourrais de contentement. Ah! hilhot, hilhot, quand reviendras-tu! Le temps me dure, mon enfant, je me fais vieille! Chaque année, sans toi, en vaut dix des autres. Voici bien longtemps que je t'attends! Je t'attends toujours, toujours, partout! Les gens prétendent que tu es mort, mais je sais bien que ce n'est pas vrai, moi! Quelque chose me l'aurait dit! Les mères sentent ces choses-là. Je sais que tu reviendras: je l'ai tant demandé au Bon Dieu! Ah! si je pouvais deviner où tu es, comme je courrais vite! Je reprendrais mes jambes de quinze ans, je ne craindrais, ni de traverser les mers, ni de monter sur les montagnes, ni de marcher nuit et jour sans me reposer, sans manger ni boire. Je te trouverais, je t'emmènerais, heureuse et fière, plus heureuse et plus fière que le jour où j'entendis ces mots, ragaillardissant comme une liqueur forte: «C'est un fils!»

Oh! dis, où es-tu? Je te vois, tel que tu dois être, grand comme ton pauvre père, maigre, un peu courbé, le front ridé, la barbe fournie, le teint noirci, les yeux, tes beaux yeux si doux, enfoncés, inquiets. J'ai tant pensé à toi! Toujours, partout, la nuit, le jour, quand je travaille, quand je me repose, quand je mange, quand je dors, je pense à toi. Ah! reviens! Mes baisers effaceront tes rides, mes larmes laveront le mal qui est en ton coeur, viens, mon enfant, je t'attends, viens!

«Mon Dieu qui voyez ma souffrance, Dieu de bonté et de pardon, rendez-moi mon fils et je vous adorerai toute ma vie. O Tout-Puissant, pour qui rien n'est caché, pour qui rien n'est impossible, allez le chercher là où il est, amenez-le moi! Vous que je baise matin et soir sur votre croix, ô Christ qui avez été un petit enfant dans les bras de sa mère, divin martyr, qui pardonniez au larron crucifié avec vous, ayez pitié de nous! Voyez: ne sommes-nous pas crucifiés, nous aussi, loin l'un de l'autre? Je me repens comme le brigand, me repousserez-vous? C'est vrai, vous, m'aviez donné ce petit afin que je l'élève pour vous et je n'ai pas su faire, pauvre paysanne ignorante et seule que j'étais; mais donnez-le moi une seconde fois et vous verrez, rendez-le moi, que je puisse vous: l'offrir de nouveau!»

—J'ai bien entendu cette fois, c'est un sanglot! Je: t'assure, Maï, quelqu'un pleure dans la chambre. Oh! j'ai peur, j'ai peur!

Jean s'était levé, attiré par une force irrésistible.