—Calme-toi. Décroche tes bras de mon cou, tu m'étouffes. Laisse-moi me lever et tiens-toi derrière moi sans bouger, dit la veuve à l'enfant, folle de terreur, qui s'attachait convulsivement à elle. Elle était bien pâle la Maï, mais si calme, si belle, si grande ainsi, debout, dominant le danger avec le courage de l'absolu désespoir. Sa voix sonnait haut dans la chambre.—Moi aussi j'ai entendu, mais je ne crains rien. Personne ne peut me faire plus de mal que j'en ai, ni me voler ce que j'avais de plus précieux, je l'ai déjà perdu! Quant à te prendre toi, mon dernier bien, c'est une autre affaire; il faudrait passer sur mon corps, avant. Qui est là,—cria telle. Rien ne répondit.—C'est encore le vent. Voyons, rassure-toi, pauvrine. Mais non, on dirait une plainte. C'est peut-être un esprit. Les âmes des trépassés viennent parfois visiter les vivants. Ah! mon fils est mort! Si c'est ton âme échappée de ton corps qui vient me trouver, ô mon enfant, attends, attends, je vais te suivre. Oui, oui, tu es ici, je le sais, je le sens. Yanoulet, mon petit, viens! Vivant ou mort, montre-toi!
—Aïe, aïe, aïe! Mai! là, là, vois, vois, l'homme! Sainte Vierge, protégez-nous! Il vient pour nous tuer. Maï, cache moi, prends le grand couteau... il s'avance...
—Je le vois, je le reconnais, c'est bien lui! Seigneur! qu'il est changé, qu'il est maigre et pâle! Plus encore que je ne pouvais l'imaginer. Il est mort, c'est certain. Approche, âme de mon enfant, je n'ai pas peur de toi. Dieu! sa figure est chaude, des larmes, de vrais larmes coulent de ses yeux! Yanoulet, dis, est-ce que je rêve, suis-je folle ou suis-je morte moi aussi, sommes-nous tous deux dans le ciel?
—Non, non, Maï, tu ne rêves pas, tu n'es pas folle, c'est moi, c'est bien moi, c'est ton hilhot, ton hilhot vivant! Laisse-moi t'embrasser les mains et la robe, laisse-moi te toucher, te voir..
—Relève-toi.
—Laisse-moi me traîner à tes pieds et te demander pardon encore, et encore...
—Il y a bien longtemps que je t'ai pardonné.
—Mais tu ne savais pas...
—Je ne veux rien savoir. Mon fils a souffert, il se repent, il vit, il est là: voilà ce que je sais. Que me fait tout le reste?
—Ecoute, au moins, il faut que je te dise... j'étais venu...