Au moment où la saisie des fameuses cassettes du Surintendant provoquait de la part de Chapelain des paroles peu mesurées contre d'anciens amis[ [105], et jetait la terreur parmi les femmes légères et les entremetteuses de la ville et de la Cour, on aime à voir ces deux honnêtes femmes, Scudéry et Sévigné, protester contre les défaillances et les calomnies, se soutenir mutuellement[ [106], encourager les autres[ [107], et se donner la main dans cette œuvre de dévouement, jusqu'au moment où elles purent se présenter ainsi, avec leur ami libre grâce à elles, au courageux magistrat dont les conclusions avaient sauvé la vie à Fouquet[ [108]. En effet, tandis que l'une enrôlait à la cause du malheur ses correspondants séduits, entraînés par la magie de son style, Sapho espérant que le moment était venu où l'on allait se relâcher des premières rigueurs, écrivait à Colbert[ [109] une lettre éloquente pour le supplier d'adoucir la captivité du prisonnier, et de permettre qu'il pût être visité par quelques parents et amis, à commencer par sa mère, celle-là même qui avait tenu au sujet de leur liaison des propos si peu charitables[ [110].
Mais près de deux ans s'écoulèrent encore avant que Pellisson n'obtînt cette ombre de liberté, comme il le disait lui-même dans une lettre écrite le 15 novembre 1665[ [111] à l'abbesse de Malnoue par l'intermédiaire de Mlle de Scudéry, «l'amie incomparable et unique au monde par qui vous recevrez ce billet;» car cet homme semble avoir exercé sur les femmes les plus distinguées une séduction qui certes n'était pas celle des avantages physiques. Dans une lettre de l'abbesse de Malnoue, portant la suscription: Octavie à Zénocrate[ [112], on lit: «Vous apprendrez de bien des endroits qu'Herminius a la liberté de voir ses amis, et qu'on espère qu'il l'aura bientôt tout entière. Je vous envoie la lettre qu'il m'écrivit le jour même qu'il vit Sapho. Sans mentir, j'ai tout à fait de la joie de celle qu'ils ont.... Sapho me mande que la chambre de Pellisson est la plus triste du monde: il n'y a qu'une seule fenêtre à double grille dans une muraille de six pieds d'épaisseur[ [113].» C'est dans ce triste réduit qu'accoururent dès le premier jour «mille gens de qualité.» Quant à Sapho, elle s'y installa, pour ainsi dire, à demeure avec le prisonnier, puisque l'abbesse de Malnoue mandait à son correspondant le 8 janvier 1666: «Sapho et Acanthe m'écrivent quelquefois de la Bastille[ [114].»
La spirituelle Octavie, tout en s'associant de cœur à la joie du couple enfin réuni, ne se refusait pas quelques malices à leur endroit. Elle avait fait promettre à Sapho de lui rendre un compte très-exact de cette entrevue. «Il n'y a pas de plaisantes questions que je ne lui aie faites. Vous savez que, quand je suis en humeur de la questionner sur Herminius, il n'y a rien de fou qui ne me passe par l'esprit....» Un mois après la délivrance de Pellisson elle écrivait encore: «Il m'a envoyé des odes de dévotion qu'il a faites dans sa prison. Je les ai trouvées si tendres pour Dieu, que j'ai mandé à Sapho que j'en estime et en aime Herminius davantage, mais que, comme je ne la crois pas si dévote que lui, j'ai eu peur qu'elle n'ait été jalouse du bon Dieu[ [115].»
Cependant la poésie qui avait consolé la captivité devait jouer son rôle dans la délivrance. Pellisson avait composé à la Bastille un poëme de 1391 vers, tout en l'honneur de Mlle de Scudéry[ [116] qui en est l'Alpha et l'Oméga.
Sapho, qui consolez mon triste éloignement,
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O fille incomparable, en vertus éclatante,
Qui de l'honnête amour étiez la longue attente,
Merveille de notre âge, adorable en bontés,
Vous me verrez un jour, et vous le méritez,