Dans les Femmes savantes, représentées treize ans après les Précieuses ridicules, mais dont on parlait déjà dès 1666[ [129], il y a bien encore plus d'un trait dont les Précieuses et Mlle de Scudéry peuvent prendre leur part[ [130], mais les critiques sont plus générales et répondent à une nouvelle phase du goût et des mœurs. Il y est moins mention des romans passés de mode, et la question de l'instruction qui convient aux femmes est plus nettement posée. Clitandre, qui représente le juste milieu dans cette question de l'éducation des femmes, ne fait presque que rendre en vers ce que Mlle de Scudéry avait dit en prose longtemps auparavant.
Je consens qu'une femme ait des clartés de tout,
Mais je ne lui veux point la passion choquante
De se rendre savante afin d'être savante,
Et j'aime que souvent aux questions qu'on fait
Elle sache ignorer les choses qu'elle sait.
De son étude enfin je veux qu'elle se cache,
Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache.
Écoutons maintenant Sapho s'expliquant sur le même sujet: «Encore que je voulusse que les femmes sussent plus de choses qu'elles n'en savent pour l'ordinaire, je ne veux pourtant jamais qu'elles agissent ni qu'elles parlent en savantes. Je veux donc bien qu'on puisse dire d'une personne de mon sexe qu'elle sait cent choses dont elle ne se vante pas, qu'elle a l'esprit fort éclairé, qu'elle connoît finement les beaux ouvrages, qu'elle parle bien, qu'elle écrit juste et qu'elle sait le monde, mais je ne veux pas qu'on puisse dire d'elle: c'est une femme savante. Ce n'est pas que celle qu'on n'appellera point savante ne puisse savoir autant et plus de choses que celle à qui on donnera ce terrible nom, mais c'est qu'elle sait mieux se servir de son esprit, et qu'elle sait cacher adroitement ce que l'autre montre mal à propos[ [131].»
Ainsi, Mlle de Scudéry, près de vingt ans avant la comédie des Femmes savantes, semblait protester contre ce terrible nom, et contre toute solidarité avec les Bélise et les Philaminte de l'avenir.