Tout cela était assez peu littéraire. Ce qui l'est davantage, ce sont les vers de l'Art poétique:
Gardez-vous de donner, ainsi que dans Clélie,
L'art ni l'esprit françois à l'antique Italie,
Et, sous des noms romains faisant notre portrait,
Peindre Caton galant et Brutus dameret.
Il faut rapprocher de ce passage une lettre de Boileau à Brossette, du 7 janvier 1703, dont le ton dédaigneux était bien fait pour choquer celle qui en était l'objet, si elle avait pu la lire:
«C'est une grande absurdité à la demoiselle, auteur de la Clélie, d'avoir choisi le plus grave siècle de la république romaine pour y peindre les caractères de nos François; car on prétend qu'il n'y a pas dans ce livre un seul Romain ni une seule Romaine qui ne soit copié sur le modèle de quelque bourgeois ou de quelque bourgeoise de son quartier.»
Nous ne nous étonnerons donc pas de trouver, dès 1684, Mlle de Scudéry liguée avec Ménage pour empêcher Boileau d'entrer à l'Académie. Toutefois, il faut le reconnaître, ce double genre d'attaques la trouva beaucoup moins sensible que celles qui s'étendaient à ses amis et à son sexe. Dans ses lettres à l'abbé Boisot, elle parle avec une rancune peu dissimulée de la Satire contre les femmes, qui venait de paraître et faisait beaucoup de bruit[ [136].
«Il y a une nouvelle satire de Despréaux imprimée contre les femmes, qu'il croit être la meilleure des siennes. Mais les gens de bon goût ne le trouvent pas, et il y a un caractère bourgeois et des phrases fort bizarres. Il donne un coup de griffe, suivant sa coutume, à Clélie, sans raison et sans nécessité. Mais je suis accoutumée à mépriser ce qu'il dit contre ce livre, et je n'y répondrai pas. Et un livre qui a été traduit en italien, en anglois, en allemand et en arabe, n'a que faire des louanges d'un satirique de profession.» Plus loin, elle revient encore sur ce sujet qui lui tient au cœur, protestant, au nom de toutes les honnêtes femmes, contre les diatribes de leur ennemi commun[ [137]. Puis, par un mouvement qui rappelle certaines préfaces de son frère, elle ajoute: «J'imite ce fameux Romain qui, au lieu de se justifier, dit à l'assemblée: Allons remercier Dieu de la victoire que nous avons gagnée!»
Mlle de Scudéry se montre surtout fort blessée de ce passage: