« Nous avons subi sur le front économique une défaite supérieure à celles qui nous ont été infligées jusqu’ici sur les fronts militaires de Denikine et de Wrangel », a dit Lénine il y a quelques mois.
Cette défaite, avec en plus l’horrible famine des régions de la Volga a porté le découragement dans l’âme des prolétaires. La bourgeoisie s’est ressaisie et elle reprend partout son offensive réactionnaire.
Le découragement n’est heureusement qu’un état transitoire ; les masses se ressaisiront elles aussi. Rien n’est éternel en ce monde : rien n’est même stable, ainsi que Einstein l’a démontré. L’esclavage a eu sa fin ; la société féodale aussi ; l’état bourgeois aura la sienne.
Cette fin du régime bourgeois, c’est au prolétariat de la hâter ; il le fera en étudiant la révolution russe et en profitant de ses fautes.
Les révolutions politiques ne touchent que superficiellement les masses ; la résistance de celles-ci est donc faible relativement.
Qu’importe au paysan dans sa chaumière, à l’ouvrier des villes dans son pauvre logement que le palais du Gouvernement ait changé de propriétaire !
A vrai dire les changements de régime politique lorsqu’ils sont un peu profonds ne sont pas sans atteindre les masses. La grande Révolution Française alla jusqu’au village pour arracher le paysan à ses pratiques religieuses : de là le soulèvement de la Vendée.
Mais bien autrement profonde que notre première révolution est la Révolution russe. Essentiellement économique et sociale, elle ne prétendit à rien moins qu’à bouleverser de fond en comble la vie de chacun en modifiant le système de propriété.
Les hommes de notre grande Révolution n’avaient pour tout bagage que des idées générales assez vagues. Pénétrés de Rousseau et des encyclopédistes ils voulaient avant tout renverser la monarchie et établir une république renouvelée de l’antiquité classique. Les événements se succédèrent et ils furent portés par eux beaucoup plus qu’ils ne les dirigèrent : ils faisaient, comme nous dirions aujourd’hui, de la politique au jour le jour. Il faut arriver jusqu’à Robespierre pour trouver des idées vraiment sociales : instruction égale pour tous, suppression de l’héritage, etc.
La bourgeoisie déjà nantie comprit le danger ; on abusa le peuple, on lui fit voir en Robespierre un tyran ; comme on le fait aujourd’hui pour Lénine. Le peuple ignorant et veule laissa tuer celui qui voulait son bonheur et les idées de Robespierre se trouvent être encore, cent vingt-huit ans après sa mort, trop avancées pour notre époque.