Je préfère l’opération sans douleur et je donne les trois cents francs. Après bien des lenteurs, l’auto annoncée arrive, il est onze heures du soir.

Nous filons à toute allure le long du Rhin ; je devine le paysage très beau. On traverse une forêt, les phares puissants de la voiture éclairent au loin les arbres d’une lumière mystérieuse ; je crois voyager dans un monde fantastique.

Nous arrêtons à la cabane d’un douanier. Le chauffeur me fait passer pour une mère dans l’angoisse qui va à X…, en France, chercher son fils tombé subitement malade.

La frontière est passée, mais il est trois heures du matin lorsque nous arrivons à la gare. Elle est fermée et les hôtels refusent de me recevoir ; pour comble de malheur, il pleut.

Le chauffeur finit par se faire ouvrir la gare. Je donne la pièce à l’employé qui me laisse entrer ; cette fois c’est à Paris que je vais chercher mon fils.

Dans la salle d’attente il y a deux ouvriers et une famille. On a d’abord un regard étonné pour cette femme qui arrive à pareille heure. Je me rencogne dans un coin et feins de dormir ; il fait froid.

Enfin la gare s’éveille ; on forme le train. J’y monte : en route pour Paris.

Après une centaine de kilomètres j’éprouve un phénomène psychologique très bizarre. C’est comme un rideau qui se tire brusquement, il masque mon voyage qui est entré dans le passé. Je suis profondément triste.

J’arrive à Paris à midi. Dans le fiacre qui longe le boulevard Sébastopol qui traverse la Seine, je me sens comme dans un rêve. Je dois porter une attention particulière aux maisons pour me convaincre de leur réalité, car il me semble faire un songe dont je vais bientôt me réveiller dans mon lit de l’Hôtel « Luxe ».

CHAPITRE IV
Que faire ?