Le système du paioc ne m’a pas paru donner de bons résultats : il est trop rigide et quand la répartition est mal organisée, il y a des effets désastreux.

Rien ne peut remplacer la monnaie. Avec l’argent l’individu est libre de vivre à sa guise, il dépense pour ce qui lui plaît, se restreint pour ce qui lui plaît moins.

L’argent a le grave défaut de conduire à la thésaurisation et au capitalisme. Mais cet inconvénient peut être facilement enrayé en adoptant par exemple comme unité monétaire l’heure de travail représentée par un ticket qui deviendrait périmé au bout de X années ; de cette façon, l’édification des fortunes serait impossible ; les heures de travail non dépensées ferait retour à la collectivité.

Le bolchevisme a presque supprimé le mariage. S’il persiste dans son idéologie originelle, ce sera la Société qui remplacera la famille dans la protection de l’enfant[3].

[3] Voir Mme Kollontaï, La famille et l’Etat communiste.

Cette éventualité a effrayé bien des esprits, dans notre France routinière. On n’a pas compris que le bolchevisme ne forcera pas les gens qui veulent conserver leurs enfants à les confier à la Société. L’éducation deviendra nationale à la longue et par la force des choses. Le lien du mariage rendu très fragile, l’homme se libérera le premier et la mère à longue finira par apprécier à son tour les bienfaits de la vie libre.

Dans le prétendu bonheur familial, il y a plus de convention que de réalité. Souvent les époux vieillis dans le mariage, non seulement ne s’aiment pas, mais se haïssent, c’est l’effet du tête à tête constant. Dans la Société communiste, la sociabilité remplacera la famille : chacun aura son cercle d’amis ; des groupes se formeront pour la conversation, la musique, les voyages. Et il est permis de croire que l’existence sera plus agréable au sein de camarades de choix, que dans le cercle familial imposé où souvent, on n’a rien de commun que le nom.

La libération de la femme n’est pas complète dans la Russie révolutionnaire. Les hommes, pénétrés des préjugés millénaires tiennent le sexe féminin pour inférieur, et les femmes, en vertu du même préjugé, pensent qu’en effet, elles ne valent pas les hommes.

Mais l’égalité est dans la loi ; c’est déjà quelque chose ; la suppression du mariage, l’obligation du travail libérant la femme des chaînes familiales, fera le reste.

Peu à peu, des supériorités féminines se feront jour ; des femmes rendront de grands services et s’élèveront très haut dans la Société. Pendant longtemps, le nombre des personnalités féminines sera restreint, mais peu à peu, il s’élèvera avec la conscience que les femmes prendront de leur valeur.