Je proteste ; je veux mon nom, qui est un nom de militante connue à Paris : je n’ai que faire de la maternité d’occasion dont on ne m’a affublée que pour la sécurité du passage à travers les Etats tampons.
Mais le « fonctionnaire » n’a de papiers qu’au nom de Capoutchévitch ; il ne connaît pas Pelletier et ne veut pas m’écouter.
On nous fait monter tout en haut et on nous donne, à l’Australienne et à moi, une mansarde en réparation. On y apporte deux lits garnis chacun d’un matelas très mince et d’une saleté repoussante. Ni draps ni couvertures. Voilà !
Mais, j’ai faim.
Demain !
Les fenêtres, toutes petites, sont à ras de terre : elles donnent sur la Moscova ; il fait froid, je suis en vêtements d’été et j’ai reçu la pluie dans tout le trajet de la gare. Je n’ai pas mangé, et depuis mon départ de la mission je me restaure fort mal de pain et de saucisson. Je frissonne déjà ; j’ai peur de la congestion pulmonaire qui m’emporterait en quelques jours.
Et l’Australienne, qui sait le russe, me dit que nous sommes dans une demi-prison et que nous n’aurons pas le droit de sortir avant qu’on nous ait fait un passeport. Je désespère.
L’Australienne me propose de rapprocher son lit du mien, afin que je puisse profiter de sa couverture ; j’accepte avec empressement.
Les Italiens et les compagnons de la jeune fille sont dans la chambre en face. J’y vais le lendemain, et je me rassure un peu en voyant que le « conducteur » a couché là.
Il va nous emmener au « Comité Exécutif » ; mais il n’emmènera pas tout le monde. J’ai déjà peur d’être évincée, parce que les Italiens tiennent à m’imposer le nom de Capoutchévitch. Mais le « conducteur » sait que je ne suis pas la mère de ces hommes, il déclare que j’irai au « Comité ».