Partout s’ouvrent des pâtisseries au grand scandale des communistes et des anarchistes. Ils voient en elles l’expression de la défaite de la Révolution.
Un jour je m’arrête machinalement devant la vitrine d’une de ces pâtisseries. Une femme misérablement vêtue, la tête couverte d’un châle et portant à son bras droit un paquet enveloppé d’étoffe blanche s’arrête à côté de moi et me parle en russe :
« Ia nie poniemaio (je ne comprends pas). »
Elle essaie l’allemand :
« Ich verstehe nicht. »
Alors elle sort le français :
« Je demande, madame, pour qui sont ces gâteaux ? Pas pour moi, assurément, car je n’ai pas d’argent pour les acheter. »
Je réponds quelque chose ; elle reprend :
« Vous me prenez pour une bohémienne, n’est ce pas ? »
« Mais non, madame, vous parlez trois langues ; cela me montre que vous êtes une personne très cultivée. »