Il y avait aussi des femmes médecins-majors, des brancardières et des infirmières.

A l’imitation de notre Grande Révolution, la Russie a des représentants en mission auprès des généraux ; une femme a, dit-on, été chargée de ce poste. Un journal allemand que j’ai lu tournait la chose en ridicule ; il ne croyait pas qu’un « vieux sabreur » puisse prendre au sérieux la jeune fille chargée de le surveiller.

Outre les représentants en mission, nombre de femmes sont chargées de la propagande politique aux armées ; c’est un emploi très dangereux.

Tout cela est satisfaisant, mais il reste encore à faire, beaucoup à faire, pour que soit réalisé en Russie le féminisme intégral.

Rien à dire au point de vue de la loi : égalité complète, les femmes peuvent accéder à tout, en théorie. Il n’y a guère que le service militaire qui marque dans la législation une différence entre les sexes. Les femmes ne sont pas obligées d’être soldats ; elles ont seulement la faculté de s’engager. Seule la préparation militaire est obligatoire pour les jeunes filles ; on veut qu’elles puissent être une aide au lieu d’être une charge en cas d’invasion.

Dans la rue on voit des troupes de jeunes gens et jeunes filles mêlés, qui marchent au pas militaire ; à la vérité les jeunes filles sont peu nombreuses.

Dans la pratique, cependant, la Russie bolchevique n’a pas complètement rejeté le vieux préjugé du sexe.

Au Congrès International, je ne vois guère que Mme Kollontaï qui eut la parole ; car il ne faut pas compter les déléguées étrangères. Rien que des hommes sur l’estrade des quelques assemblées auxquelles j’ai pu assister ; les femmes sont dans le public et elles ne parlent pas. Dans les fonctions supérieures de l’Etat, peu ou pas de femmes, car il ne faut pas évidemment compter au nombre des conquêtes féministes, le fait que Mme Lénine et d’autres épouses de commissaires du peuple collaborent avec leur mari. Cela a existé de tous temps.

La Russie ne refuse pas à la femme le droit de s’occuper des affaires publiques, comme le fait par exemple la France. Loin de lui refuser ce droit, elle lui en fait un devoir ; mais quand même la femme n’est pas tenue pour l’égale de l’homme ; on sent cela partout.

Les femmes acceptent en général passivement cette situation inférieure. Quelques-unes même refusent de la voir, par amour du communisme. Elles me citent les quelques femmes qui ont ou qui ont eu un emploi de grande responsabilité, afin de détruire l’impression qui s’impose à moi.